Escapade poétique et musicale
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radio coeur toulouse
Par Rolland++Bosc, le 19.06.2013
j'y suis allé sur la droite de l'écran j m (sur chanson de marins )
"tout sur hugues et margot"
je constat
Par lucasjl, le 19.06.2013
en effet mon cher jean-louis, long est le chemin qui mène à la vérité,
sur hugues et margot...
n éanmoi
Par leschansonsdejm, le 18.06.2013
c'est joliment bien dit nous en avons qu'un seul de papa
Par pouchain, le 18.06.2013
mais où ,et comment trouver cette vérité sur "hugues" et "margot"...
m 'en voilà assoiffé !
les vérités de j
Par lucasjl, le 18.06.2013
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Date de création : 24.01.2011
Dernière mise à jour :
18.06.2013
565articles
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On doit exiger de moi que je cherche la vérité,
mais non que je la trouve
Denis Diderot
Paul Gauguin - Les lavandières à Pont-Aven, 1886
Huile sur toile - 71 cms X 90 cms
Musée d'Orsay, Paris
MON VIEUX
Dans son vieux pardessus râpé,
Il s'en allait l'hiver, l'été,
Dans le petit matin frileux,
Mon vieux.
Il n'y avait qu'un dimanche par semaine,
Les autres jours, c'était la graine
Qu'il allait gagner comme on peut,
Mon vieux.
L'été, on allait voir la mer,
Tu vois, ce n'était pas la misère,
Ce n'était pas non plus le paradis,
Eh oui, tant pis...
Dans son vieux pardessus râpé,
Il a pris, pendant des années,
Le même autobus de banlieue,
Mon vieux.
Le soir, en rentrant du boulot,
Il s'asseyait sans dire un mot,
Il était du genre silencieux,
Mon vieux.
Les dimanches étaient monotones,
On ne recevait jamais personne,
Cela ne le rendait pas malheureux,
Je crois, mon vieux.
Dans son vieux pardessus râpé,
Les jours de paye, quand il rentrait,
On l'entendait gueuler un peu,
Mon vieux.
Nous, on connaissait la chanson,
Tout y passait : bourgeois, patrons,
La gauche, la droite, même le Bon Dieu,
Avec mon vieux.
Chez nous, il n'y avait pas la télé,
C'est dehors que j'allais chercher,
Pendant quelques heures, l'évasion,
Je sais, c'est con.
Dire que j'ai passé des années
A côté de lui, sans le regarder,
On a à peine ouvert les yeux,
Nous deux.
J'aurais pu, ce n'était pas malin,
Faire avec lui un bout de chemin,
Cela l'aurait peut-être rendu heureux,
Mon vieux.
Mais quand on a juste quinze ans,
On n'a pas le coeur assez grand
Pour y loger toutes ces choses-là,
Tu vois.
Maintenant qu'il est loin d'ici,
En pensant à tout cela, je me dis :
J'aimerais bien qu'il soit près de moi,
Papa...
Michelle Senlis
Arrangements : Daniel Guichard
Composition musicale : Jean Ferrat
INTERPRETATION : DANIEL GUICHARD
Le château de Blois (Loir-et-Cher)
Pierre de Ronsard confère à quatre femmes la dignité de concepts incarnés : Cassandre, Marie, Astrée, Hélène. Par une suite de rencontres quasi réelles et semi poétiques, elles deviennent des idées classificatrices, grâce auxquelles il puisse orienter vers la fin qui leur conviennent les produits de son inspiration amoureuse.
CASSANDRE SALVIATI
Il aperçoit pour la première fois à Blois, sans doute le 21 avril 1545, au milieu des fastes d’un bal de la cour, Cassandre Salviati, fille d’un banquier de François Ier. Italienne d’une quinzaine d’années à la chevelure foncée, à l’œil noir, au nez droit, à la lèvre mutine, elle correspond à son goût des adolescentes brunes, même si, pour respecter certains poncifs, il parsème d’or en paillettes ses cheveux. Le commerce qu’il noue avec elle ne le détourne pas - il a vingt et un ans - de ses projets d’avenir. Il souhaite courir une carrière d’humaniste que faciliterait la possession de quelques bénéfices ecclésiastiques. Au reste, le 23 novembre 1546, Cassandre épouse un Vendômois, comme Ronsard : Jehan de Peigné, sire du Pray. Ce mariage ne désespère pas le poète. Il l’aide, au contraire, à transformer Cassandre en un exemple de ces dames que la civilisation n’entête pas des délices des seules cités, mais qui partage leur temps entre bourgs provinciaux et retraites campagnardes.
Cassandre, qui cultive les relations de manoir à gentilhommière, lui impose une communauté de vie épuisante, quoique féconde. Par elle, il découvre les plaisirs surannés d’un âge relativement proche où les hobereaux du Vendômois se contentaient des divertissements qu’ils se proposaient les uns aux autres. Par elle, il apprend à judicieusement employer un continuel loisir qui lui permet d’ordonner les motifs de ses rêveries. Certes les circonstances de leurs premiers entretiens changent Blois en un sanctuaire qu’il se plaît à évoquer. Mais c’est au sein d’une nature, disloquée par mille tensions baroques, qu’il médite l’image de Cassandre. Les lieux agrestes où il divague dans un feint désarroi lui fournissent des éléments de comparaison empruntés au vocabulaire de la vénerie. Mais bientôt, gibier docile, l’effigie de Cassandre perd un peu de sa sauvagerie. Elle redevient la luthiste qui lance par poignées contre les plafonds de la maison natale de Ronsard les notes cristallines d’un air à danser. Malade, contrainte de s’aliter, elle imbibe d’un poison subtil la couche où, bientôt, il tremble de fièvre à son tour. Elle regagne ses fiefs. Et Ronsard, dans ses appartements solitaires, cherche à relever sur des meubles indifférents les traces d’une absente. Il suit aussi sa piste dans des halliers où elle s’est manifestée, déesse bocagère, avant que l’enlève un ravisseur à cheval, aussi brutal qu’un Centaure.
En somme, après que la vie et quelque lassitude aristocratique l’ont séparé de Cassandre, c’est à elle, à son souvenir personnel, instant efficace, qu’il recourt, comme à une Muse de sa race et de sa caste, chaque fois que sa fantaisie le pousse à courtiser, dans un rêve quasi réel, la ressemblance d’une adolescente cultivée, peu bégueule, musicienne, qui prend jardins et jachères pour théâtre de ses gracieux exercices et pour décor de ses faux consentements ; c’est à elle qu’il offre ses aveux cadencés.
Albert-Marie Schmidt
Préface de « Les amours » de Ronsard
Le Livre de Poche
LE PREMIER LIVRE DES AMOURS
AMOURS DE CASSANDRE
Ville de Blois, naissance de ma Dame,
Séjour des Rois et de ma volonté,
Où jeune d'ans je me vis surmonté
Par un oeil brun qui m'outreperça l'âme,
Chez toi je pris cette première flamme,
Chez toi j'appris que peut la cruauté,
Chez toi je vis cette fière beauté,
Dont la mémoire encore me renflamme.
Habite Amour en ta ville à jamais,
Et son carquois, ses lampes et ses traits
Pendent en toi, le temple de sa gloire.
Puisse-t-il toujours tes murailles couver
Dessous son aile, et nu toujours laver
Son chef crêpu dans les eaux de ton Loire.
Pierre de Ronsard
LES LIVRES
Livres sacrés et tout écornés, livres
dévorés, dévorants,
secrets,
dans les poches :
Nietzsche sentait le coing,
et comme en fraude et souterrain
Gorki m'accompagnait.
O ce moment fatal
où, sur les rochers de Victor Hugo,
le berger marie sa promise
après avoir vaincu la pieuvre
ou lorsque le Bossu de Notre-Dame
circule en volant sur les veines
de la gothique anatomie.
O Maria de Jorge Isaacs,
baiser tout blanc dans le jour rouge
des haciendas célestes
qui s'immobilisèrent
avec ce sucre mensonger
qui nous fit pleurer, nous étions si purs.
Les livres tissèrent, creusèrent,
déroulèrent leur serpentin
et peu à peu, derrière
les choses, les travaux,
surgit comme une odeur amère
et avec la clarté du sel
l'arbre du savoir.
Pablo Neruda
Ludwig van Beethoven
LUDWIG VAN BEETHOVEN - AMOURS, AMITIES...
Beethoven fait un beau chemin dans la haute société viennoise. Il prend même des cours de danse afin d’avoir l’air moins emprunté dans les soirées. Mais s’il se police un peu, il ne perd rien de ses manières rustiques et de son mauvais caractère. « J’ai vu la mère de la princesse Lichnowsky, la vieille comtesse Thun, se mettre à genoux devant lui, allongé sur son sofa, pour le prier de jouer quelque chose », raconte Mme von Bernhard. Il est adulé et ne boude pas le plaisir de cette satisfaction narcissique. Même ses mauvaises manières contribuent à forger sa légende : pourquoi s’en priver ?
Ses colères ne sont pas feintes, pourtant : en réalité, il déteste jouer en public quand il éprouve le sentiment de n’être qu’une des attractions de la soirée, et qu’on le traite sur le mode du « vous allez bien nous jouer quelque chose ». Sa fierté renâcle, la haute idée qu’il se fait de son art se révolte s’il ne doit servir que d’ornement et de distraction. Il lui arrive de se lever rageusement, de fermer le piano, de sortir en bougonnant de la pièce quand le public se montre inattentif ou bavard. Beethoven n’est pas un fond sonore !
Il s’affiche à l’opéra avec de charmantes personnes. La liste serait longue des jeunes femmes auprès desquelles il mène une cour empressée. Ses attirances féminines sont brèves et changeantes. Probablement platoniques si elles ont pour objet des jeunes filles de la bonne société. Mais il y a aussi les servantes et les dames moins farouches. « A Vienne, écrit Wegeler, témoin fiable de la vie de son ami, aussi longtemps du moins que j’y ai vécu, Beethoven était toujours en liaisons amoureuses, et avait pendant ce temps fait des conquêtes qui auraient été fort difficiles, sinon impossibles, à plus d’un Adonis. » Il aime par foucades, par toquades, peut-être plusieurs femmes en même temps, ce qui n’est pas une idiosyncrasie masculine si rare.
Et puis il y a cette énigme, qui n’en est plus une tant les recoupements d’informations et le travail des biographes ont été assidus depuis plus d’un siècle, concernant sa santé. Dès sa jeunesse, il souffre de maux divers, avant même le grand drame de la surdité : la variole contractée dans son enfance lui a laissé, outre un visage profondément marqué, une faiblesse ophtalmique. Il est fréquemment sujet à des crises d’entérite. Sa double hérédité, alcoolisme paternel et tuberculose maternelle, ne contribue guère à lui assurer une santé rayonnante. Et il est aujourd’hui plus que probable qu’un autre mal, à Vienne, s’est ajouté à ses désagréments : la syphilis, dont Ludwig aurait été contaminé dans les premiers mois de son séjour. Tout au long du XIXème siècle et même au-delà, les biographes, épouvantés par cette scabreuse circonstance dans la vie du dieu de la musique occidentale, ont usé d’infinies précautions pour évoquer ce mal (sans parler du consternant Schindler qui détruisit nombre de documents, dont une grande partie des Cahiers de conversation, pour ne rien laisser transparaître des vicissitudes humaines trop humaines de son héros. Ce crime nous prive d’informations essentielles sur le développement de la pensée de Beethoven et sur sa vie intime).
Ces relations capricieuses, sinon velléitaires, avec les femmes ne sont pas beaucoup plus apaisées avec le cercle d’amis que Beethoven compte à Vienne. Même Wegeler, le plus cher et le plus proche, doit subir parfois des sautes d’humeur violentes que Ludwig l’éruptif regrette aussitôt. Après une dispute dont le motif nous est inconnu, il écrit à Wegeler une lettre suppliante où il se justifie et demande son pardon : aucune méchanceté préméditée dans son attitude, assure-t-il : « J’ai pourtant toujours été bon, et j’ai toujours tâché d’être droit et honnête dans mes actions, comment aurais-tu pu m’aimer autrement ? Aurais-je donc aujourd’hui en si peu de temps changé tout d’un coup si terriblement, et tellement à mon désavantage - impossible, ces sentiments du grand, du bon, auraient tous tout d’un coup été éteints en moi ? » Il y a chez lui une sorte de dédoublement qui se manifeste par crise, une violence redoutée, difficile à contrôler, probablement enfouie dans les souvenirs de l’enfance et l’imitation inconsciente du père. Mais cette violence se concentre aussi dans les projets créateurs, dans la volonté de transformer en or cette boue de l’enfance, de lui donner la forme d’un message universel d’amour et de fraternité.
Bernard Fauconnier
« Beethoven" - Folio biographies
Gilbert Thomas - Barques de pêche au port de Sormiou
Peinture sur planche de bois - 80 cms X 50 cms
http://gilbthomas.blogspot.fr/
LE CABANON DE MON PERE
Il n'était pas peu fier mon père ce jour là,
j'avais alors dix ans et ne comprenais pas
qu'il se mit à pleurer en embrassant ma mère
en brandissant bien haut la lettre d'un notaire.
Puis il nous fit asseoir moi, ma soeur et mon frère
dans la salle à manger et solennellement,
sans même avoir ôté son chapeau de la tête,
tout en restant debout il sortit ses lunettes
et de sa belle voix nous lut le document.
En avait-il rêvé pendant quatre ans de guerre,
quatre ans dans les tranchées, de quatorze-dix huit,
à l' Ecole Normale pour devenir instit
et plus tard tous les jours : être propriétaire,
rêve des marseillais, d'un petit cabanon
à la mer, à Sormiou ? Il bénissait la chance
qu'à la mort de Vincent, ami de son enfance,
sa veuve handicapée ait pris la décision,
d'abandonner son bien et contre toute attente,
étant sans héritier, de le mettre à la vente.
J'avais le souvenir d'y être allé souvent,
invités par Vincent, pour une bouillabaisse
ou pour un aïoli. Il n'était pas très grand
et il ne comportait que deux petites pièces,
soit disant la cuisine, un évier, un fourneau,
l'autre un peu fourre-tout au confort discutable,
un matelas au sol, des chaises, une table,
accrochés à des clous des gilets, des chapeaux
et sur une étagère une lampe à pétrole,
des verres, des couverts, de vielles casseroles,
avec au milieu la bouteille de pastis.
Un portique devant recouvert de cannisses
et de chaque côté, à droite un cagibi
pour l'attirail de pêche, une voile et des rames,
à gauche un grand tonneau pour recueillir la pluie.
Pas un seul étranger de Lyon ou Paname,
à cette époque là ne connaissait Sormiou,
calanque réservée au peuple de Marseille,
à quelques promeneurs, à des pêcheurs surtout,
un coin de paradis, une pure merveille.
Une large échancrure entourée de rochers
tout comme si la mer voulait s'y reposer
Lisse comme un miroir, une mer transparente
que seul un grand Mistral peut rendre frissonnante
Mon père était pressé et dés qu'il eut la clé
il nous y amena comme s'il s'agissait
de la première fois. Etre propriétaire
pour un instituteur, fils d'un père ouvrier,
avait certainement de quoi le satisfaire.
Alors, chaque dimanche, on prenait le tramway
de Saint Pierre à Mazargues, le reste était à pieds,
mon père, en éclaireur, imprimait la cadence,
il fallait plus d'une heure avant d'y arriver.
Devant nous la calanque, un havre de silence,
à gauche de la plage était le cabanon
déjà ensoleillé par les premiers rayons.
Et bien qu'il leur parlât d'une manière affable
mon père était traité un peu comme un notable,
les femmes, les enfants et aussi les pêcheurs
n'employaient que des mots empreints de déférence :
'' bonjour M. Joseph, M. l'instituteur ''
Il y avait entre eux comme une connivence,
mon père distillait les fruits de sa science,
alors que les voisins, tous de vrais pescadous,
lui faisaient partager leur immense expérience.
Mon père allait pêcher, quelques fois avec nous,
que ce soit sur le bord, ou, notre préférence,
que ce soit en bateau sur le pointu d’Henri.
Pas une seule fois il revenait bredouille
et nous avions toujours du poisson à midi
accompagné des plats que, tous les samedis,
ma mère cuisinait pour nous et son mari,
ce que j'aimais surtout c'était sa ratatouille.
Mais avant le repas, c'était la tradition,
nous nous réunissions, tous ceux des cabanons,
soit chez l'un, soit chez l'autre, à l'ombre des canisses,
un instant convivial, pour boire le pastis,
pour tous ces marseillais la boisson favorite,
mais pour nous, les enfants, c'était de l’ « Antésite ».
Le repas terminé le calme revenait,
cabanons volets clos et portes entrouvertes,
nos amis les pêcheurs piquaient un penequet.
Nous autres, les enfants, nous allions nous baigner,
avec nos chambr's à air, sur la plage déserte.
Comme si un clairon les avait réveillés,
à trois heures pétant's on voyait tous les hommes
sortir des cabanons, rejoindre ce terrain
assez plat que mon père appelait « boulodrome »,
frais comme des gardons, leurs boules à la main.
C'était l'instant sacré de jouer à pétanque,
ce que j'en ai appris, dans un climat jovial,
des gros mots, des jurons, toujours en provençal,
cela jusqu'au moment de quitter la calanque.
Jusqu'en 42, très peu de changement,
ma soeur, moi et mon frère y allions moins souvent,
le lycée, les copains, les surprise-parties,
quand nous nous y rendions mon père était ravi.
Mais quand les Allemands envahirent la France
en descendant au sud jusques à la Provence,
mon père en fit son deuil, il n'en dit plus un mot
et quand mon frère ainé partit au S.T.O.
il se mit à flirter avec la résistance.
Cinquante ans ont passé, mon père est décédé,
ma mère l'a suivi, nous avons hérité
du seul bien que mon père ait jamais possédé.
Ma soeur vit au Japon, mon frère en Angleterre,
moi, je suis à Paris professeur de français.
Alors j'ai profité des vacances scolaires,
en cette fin de juin, avec mes deux enfants
nous avons déposé des fleurs au cimetière
à Mazargues, tout prés de l'endroit où, avant,
nous prenions le chemin du rêve de mon père,
je l'aurais fait à pieds mais mes fils autrement :
« Papa, vois ce panneau, on le peut en voiture »
Qu'importe, me voilà au seuil du cabanon,
peintures effacées, toiture à l'abandon
mais en me retournant, bijou de la nature,
la calanque aux eaux bleues, elle, n'a pas changé,
c'est la population qui, loin d'être la même,
envahit les sentiers, la plage, les rochers,
visiteurs éblouis, touristes étrangers.
Ah, qu'elle est loin d'ici notre vie de bohème!
De retour à Marseille, un tour sur le Vieux-Port,
un coup d'oeil attendri à notre Bonne Mère,
mon frère, moi, ma soeur nous étions tous d'accord,
j'étais mandaté pour signer chez le notaire,
quand je me suis trouvé, seul, sur la Canebière
et devant l'écriteau « Agence immobilière »
j'ai eu le sentiment d'avoir trahi mon père.
Georges Guigou
Pierre-Auguste Renoir - Les vignes à Cagnes, 1908
Huile sur toile - 55,2 cms X 46,4 cms
Brooklyn Museum, New-York
George Sand et Alfred de Musset
UN INCESTE IMAGINAIRE
(nuit du 28 au 29 juillet 1833)
Tu t’étais trompée, tu t’es crue ma maîtresse, tu n’étais que ma mère ; (…) c’est un inceste que nous commettions.
Musset à Sand, le 4 avril 1834
Tu as raison, notre embrassement était un inceste, mais nous ne le savions pas.
Sand à Musset, le 15 avril 1834
George se laisse prendre aux pièges du quotidien. Elle se promet d’être bonne mère, bonne fille, bon écrivain et considère sa vie sentimentale comme finie. Elle en prévient le seul homme qui ne puisse pas passer pour son amant, un ami véritable, son Pylade, François Rollinat, avocat à Châteauroux. Le 20 mai 1833, elle épanche son cœur dans cette « âme d’élite » : « Mon cœur a vieilli de vingt ans et rien dans la vie ne me sourit plus. Il n’est plus pour moi de passions profondes, plus de joies vives. Tout est dit. J’ai doublé le cap. Je suis au port. »
Un mois après, George Sand est prête à quitter ce port, toutes voiles dehors. Un mois après cette déclaration de retraite sentimentale, George Sand rencontre Alfred de Musset, à la mi-juin, à un dîner qui réunit les collaborateurs de la Revue des Deux Mondes.
A ce dîner très littéraire, Alfred de Musset et George Sand, qui voisinent, ne sont que deux auteurs en vogue se faisant des grâces. Le premier parle, la seconde écoute. Alfred passe pour l’un des plus brillants causeurs de Paris. George n’a pas de conversation, elle s’est suffisamment plainte de ce manque. Le bavard et la muette se quittent enchantés l’un de l’autre. Il a parlé, elle a écouté. Dans la nuit qui suit, Musset lit Indiana et écrit des vers intitulés « Après la lecture d’Indiana » :
Sand, quand tu l’écrivais, où donc l’avais-tu vue,
Cette scène terrible où Noun, à demi nue,
Sur le lit d’Indiana s’enivre avec Raymon ?
(…)
Ces plaisirs sans bonheur, si pleins d’un vide immense,
As-tu rêvé cela, George, ou t’en souviens-tu ?
Ce sont les premiers vers inspirés par Sand à Musset. Sand y répond, le 24 juin. D’autres suivront. Sand y répond par une lettre. D’autres suivront encore, qui se terminent par cette sévère invitation :
« Si dans un jour de fatigue et de dégoût de la vie active, sous étiez tenté d’entrer dans la cellule d’une recluse, vous y seriez reçue avec reconnaissance et cordialité. »
Voilà qui sent la pose, et la pose d’écrivain. Car, dans cette liaison qui a fait couler tant d’encre, il ne faut jamais oublier que ces amours sont des amours d’écrivains. Poèmes et lettres sont les seuls enfants qu’ils auront et qu’ils seront conscients d’offrir à la postérité. Au paroxysme de leur passion, ils n’oublient pas ce qu’ils sont exactement, lui, l’auteur des Contes d’Espagne et d’Italie, de Namouna et d’A quoi rêvent les jeunes filles, et elle, l’auteur d’Indiana et de cette Lélia dont la parution partielle, dans la Revue des Deux Mondes, suscite mille et une rumeurs.
Elle a vingt-neuf ans. Il en a vingt-trois. Enfant chéri des Muses et des dames, grisettes ou duchesses, il est amateur d’Andalouses au sein bruni, d’alcool et d’opium. Si George peut passer pour une Andalouse, elle préfère le lait à l’alcool et sa seule drogue est l’encre de son encrier. Il est dans tout l’éclat de sa récente célébrité. Il est blond. Elle est brune. Il n’ignore rien de la débauche, ni de ses raffinements. Elle manque d’expérience, et les partenaires qu’elle a eus, Casimir, Stéphane, Jules, ne sont pas des adeptes des plaisirs compliqués. Il se fatigue « à jouir de tout, vite et sans réflexion ». Elle a besoin de lenteur et de réflexion pour savourer sa jouissance. Comme Sandeau, Musset n’est pas un bourreau de travail. Sand, qui sait que travail rime avec argent et indépendance, pond sa copie avec une scrupuleuse, une quotidienne régularité. Musset est la fantaisie même, il est Fantasio, il se moque de tout. Elle prend tout au sérieux. Bref, Alfred de Musset et George Sand sont la preuve même que les contraires s’attirent. Il admire sa prose. Elle admire ses vers.
Après avoir lu Indiana, Alfred lit Lélia sur épreuves. Il éprouve pour Lélia autant d’enthousiasme que pour Indiana. « Il y a dans Lélia des vingtaines de pages qui vont droit au cœur (…) Vous voilà George Sand ; autrement vous eussiez été Mme Unetelle faisant des livres. »
Bien qu’il l’appelle cérémonieusement « madame », il aspire à une camaraderie « sans conséquence et sans droits, par conséquent sans jalousie et sans brouilles ». Il ne revendique que le droit de fumer le tabac de George et de se promener en sa compagnie. Marché conclu. Ils fument et se promènent ensemble. Le 26 juillet, abandonnant le « madame », il écrit à sa camarade : « Mon cher George, j’ai quelque chose de bête et de ridicule à vous dire. (…) Je suis amoureux de vous. Je le suis depuis le premier jour où j’ai été chez vous. J’ai cru que je m’en guérirai tout simplement en vous voyant à titre d’ami. » Le 27 juillet, il revient à la charge avec l’un de ces arguments auxquels George est incapable de résister : « Plaignez-moi. ». A lire cette lettre du 27, Alfred est une victime que George doit plaindre, un prisonnier qu’elle doit délivrer. Il termine sa missive par un : « Adieu, George, je vous aime comme un enfant. »
George ne peut être qu’attendrie par les plaintes de cet enfant et accorder le rendez-vous qu’Alfred sollicite dans une lettre du 28, pour ce même 28, à minuit. C’est donc dans la nuit du 28 au 29 juillet 1833 que George succombe à la jeunesse et aux larmes d’Alfred : « Sans ta jeunesse et la faiblesse que tes larmes m’ont causée, un matin, nous serions restés frère et sœur. » Il est jeune et il pleure. Elle se croit vieille et croit n’avoir plus de larmes. Ils devaient rester frère et sœur, ils cèdent aux emportements d’un inceste imaginaire. George est persuadée d’avoir cédé par affection plus que par amour.
Le 31 juillet, Lélia paraît en librairie, et début août, la chaleur écrasant Paris, les deux amants vont à Fontainebleau chercher un peu de fraîcheur, et d’isolement. Ils descendent à l’hôtel Britannique, rue de France, à une heure de marche des rochers de Franchard.
Les rochers de Franchard, les arbres de la forêt, le clair de lune, tout porte le couple à une perfection d’exaltation qui sera gâtée par une crise d’hallucinations jetant Alfred à terre. Il a vu un spectre passer dans les bruyères, il a eu peur. George n’a rien vu que la peur de son amant.
Délivré de son hallucination, Alfred en plaisante, la dessine et, sous sa propre caricature, inscrit : « Perdu dans la forêt et dans l’esprit de sa maîtresse ». Et, sous la caricature de George : « Le cœur aussi déchiré que sa robe. » George n’a pourtant pas le cœur à plaisanter. Elle est inquiète. Si Alfred était vraiment à plaindre ? Et si George était aussi à plaindre d’avoir un amant sujet à de telles crises ? Questions sans réponse, ou qui trouvent une facile solution dans les étreintes assez folles pour éloigner le spectre de la folie.
Pendant ce temps, à Paris, Lélia fait grand bruit. Le récit des ténébreuses amours de Lélia avec le poète Stenio provoque un scandale. Un journaliste, Capo de Feuillide, donne le ton : « Le jour où vous ouvrirez Lélia, renfermez-vous dans votre cabinet (pour ne contaminer personne). Si vous avez une fille dont vous voulez que l’âme reste vierge et naïve, envoyez-la aux champs avec ses compagnes. » Le Figaro, où Latouche n’est plus pour protéger George Sand, attaque à son tour. Dans la Revue des Deux Mondes, Gustave Planche riposte par un éloge de Lélia et veut se battre en duel avec Capo de Feuillide. On parle partout du « criminel auteur » de cette Lélia dont George Sand donne les clés à son ami Rollinat : « Quelques uns diront que je suis Lélia, mais d’autres pourraient se souvenir que je fus jadis Stenio. »
La romancière revendique le droit d’être tous les personnages de son roman, et non pas seulement son héroïne, cette Lélia qui, pour la première fois, ose dire tout haut ce que les femmes pensent tout bas, à savoir que les étreintes des mâles peuvent laisser de marbre celles qui les subissent. De cette frigidité avouée de Lélia, on a accusé Sand qui, elle, n’a connu que des accès de passagère impuissance à atteindre le plaisir. Une telle sincérité provoque un concert d’insultes qu’interrompent quelques bénédictions inattendues, comme celles de Chateaubriand, qui prédit à l’auteur de Lélia qu’elle sera « le lord Byron de la France ».
Le 25 août 1833, Sand écrit à Sainte-Beuve, que Musset surnomme Sainte-Bévue : « Je suis très insultée comme vous savez, et j’y suis fort indifférente. » Ce n’est pas pour évoquer cette indifférence aux insultes qu’elle écrit à son confident parisien, mais pour lui annoncer sa nouvelle passion : « Je me suis énamourée et cette fois très sérieusement d’Alfred de Musset (…). C’est un amour de jeune homme et une amitié de camarade. » Casimir Dudevant ne savait pas qu’en offrant à Aurore Dupin l’amour en camarade il allait faire école et que, par la suite, Aurore considérerait l’amour comme une camaraderie incandescente… C’est à M. Dudevant que Mme Dudevant annonce, le plus naturellement du monde, qu’elle part en Italie… pour y soigner ses rhumatismes !
Elle laisse en pension Maurice qui s’y « porte bien », et renvoie à Nohant Solange qui en est « enchantée ». Solange, qui a cinq ans, n’est plus « bête comme une oie », et n’est peut-être pas aussi «enchantée » que le prétend sa mère. Estimant avoir ainsi accompli ses devoirs envers sa famille, George peut se consacrer entièrement à son nouvel enfant : Alfred.
On aura compris que Sand ne part pas en Italie pour y soigner ses rhumatismes, mais s’en va avec Musset à Venise, dans l’espoir que cette ville apportera à leur passion un supplément d’exotisme, et à leur œuvre, une nouvelle source d’inspiration. Elle mène l’expédition italienne tambour battant, comme son ancêtre, le maréchal de Saxe, devait conduire ses campagnes. Elle finance cette expédition en vendant à son éditeur, François Buloz, Metella et le Secrétaire intime. Elle obtient une avance sur Jacques, un roman qu’elle promet de livrer en mai 1834. Elle obtient aussi le consentement de la mère de Musset, très réticente à cette escapade, en l’assurant qu’elle aura pour Alfred « une affection et des soins maternels ». Le 12 décembre 1833, elle prend place dans la malle-poste qui la conduira, avec Alfred, jusqu’à Lyon. Tous les obstacles familiaux et financiers ayant été vaincus, George peut s’accorder un soupir de soulagement.
Jean Chalon
« Chère George Sand »
Biographies Historiques - Flammarion
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Monsieur Durand s’apprête à prendre son avion quand il aperçoit une balance avec un écriteau : « Issue des toutes nouvelles technologies, je parle et je vais vous étonner ». Il décide alors de l’essayer…
- Bonjour, monsieur Durand, vous pesez 77 kilos, vous habitez Nanterre, votre santé est bonne et vous allez prendre l’avion pour New-York.
Interloqué, il décide de changer de vêtements et de remonter sur la balance pour retenter l’expérience.
- Rebonjour, monsieur Durand, vous pesez toujours 77 kilos, habitez encore Nanterre, votre santé comme tout à l’heure est excellente, et vous prenez l’avion pour New-York…
N’en croyant pas ses oreilles, l’homme décide de recommencer mais en mettant, cette fois, un chapeau et des lunettes noires…
- Une nouvelle fois, monsieur Durand, votre poids est de 77 kilos. Nanterre est votre ville de résidence mais, attention, votre tension va énormément grimper quand je vais vous annoncer que, avec vos âneries, vous venez de rater votre avion pour New-York…
Source Télé Loisirs