Escapade poétique et musicale
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rolland, de radio coeur (!), nous publierons demain dimanche, sur cette même chaîne, "une mère juive" de georg
Par escapadeautomnale, le 25.05.2013
merci pour le texte de l'hécatombe
rolland radio coeur ?????
Par Rolland++Bosc, le 24.05.2013
salut o poète ....et bonjour à nougaro
???????
Par Rolland++Bosc, le 23.05.2013
mon cher sémonide, de marseille, merci de nous donner un petit cours de mythologie en évoquant iris, héra, her
Par escapadeautomnale, le 23.05.2013
ce matin, mon coeur de musicien, un peu troubadour, un peu poète
et un peu métèque est bien triste.
en
Par JM, le 23.05.2013
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Date de création : 24.01.2011
Dernière mise à jour :
25.05.2013
549articles
Wladyslaw Slewinski - L'orphelin de Poronin, 1912
Huile sur toile - 77 cms X 50 cms
Musée National de Varsovie
Wladyslaw Slewinski - Autoportrait, 1894
Huile sur toile - 60 cms X 45 cms
Musée National de Varsovie
HECATOMBE
Au marché de Brive-la-Gaillarde,
A propos de bottes d'oignons,
Quelques douzaines de gaillardes
Se crêpaient, un jour, le chignon.
A pied, à cheval, en voiture,
Les gendarmes, mal inspirés,
Vinrent pour tenter l'aventure
D'interrompre l'échauffourée.
Or, sous tous les cieux sans vergogne,
C'est un usage bien établi,
Dès qu'il s'agit de rosser les cognes,
Tout le monde se réconcilie.
Ces furies, perdant toute mesure,
Se ruèrent sur les guignols,
Et donnèrent, je vous l'assure,
Un spectacle assez croquignol.
En voyant ces braves pandores
Etre à deux doigts de succomber,
Moi, je bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées.
De la mansarde, où je réside,
J'excitais les farouches bras
Des mégères gendarmicides,
En criant "Hip hip hip, hourra !"
Frénétique l'une d'elles attache
Le vieux maréchal des logis,
Et lui fait crier "Mort aux vaches !
Mort aux lois ! Vive l'anarchie !"
Une autre fourre, avec rudesse,
Le crâne d'un de ces lourdauds,
Entre ses gigantesques fesses
Qu'elle serre comme un étau.
La plus grasse de ces femelles,
Ouvrant son corsage dilaté,
Matraque, à grands coups de mamelles,
Ceux qui passent à sa portée.
Ils tombent, tombent, tombent, tombent,
Et, selon les avis compétents,
Il paraît que cette hécatombe
Fut la plus belle de tous les temps.
Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur comptant de gnons,
Ces furies, comme outrage ultime,
En retournant à leur oignons,
Ces furies, à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas,
Leur auraient même coupé les choses,
Par bonheur ils n'en avaient pas !
Leur auraient même coupé les choses,
Par bonheur ils n'en avaient pas !
Georges Brassens
COMPOSITION MUSICALE ET INTERPRETATION : GEORGES BRASSENS
Colette de Jouvenel, la fille de Colette
COLETTE ET SA FILLE
« L’enfant tardif - j’avais quarante ans - je me souviens d’avoir accueilli la certitude de sa présence avec une méfiance réfléchie, en la taisant. » Ce qui lui vaudra cet avis : « Sais-tu ce que tu fais ? Tu fais une grossesse d’homme. Une grossesse, il faut que ce soit plus gai que ça. »
Le ton est donné : Colette ne sera jamais une mère comme les autres. Trop de scrupules, trop d’interrogations : « Mais la minutieuse admiration que je dédiais à ma fille, je ne la nommais pas, je ne la sentais pas amour… Encore ne me rassérénais-je que lorsque le langage intelligible fleurit sur des lèvres ravissantes, lorsque la connaissance, la malice et même la tendresse firent d’un poupon-standard une fille, et d’une fille ma fille. »
Non, Colette n’est pas une mère ordinaire. Et d’abord parce qu’elle affirme « le caractère accidentel de sa maternité ». Colette de Jouvenel, Bel-Gazou pour la littérature, aura cumulé bien des handicaps. A commencer par celui d’être la fille de deux fortes personnalités. Ce qui lui vaudra, en 1923 - elle a dix ans tout juste -, cet injuste et sévère reproche maternel : « D’où tiendrais-tu cette absence de caractère, cette similitude avec cent, mille petites filles d’ici et d’ailleurs ? J’attends que quelque chose de ton père et de ta mère apparaisse en toi. Et je trouve que j’attends bien longtemps. Fais en sorte que cette attente ne soit pas plus longtemps déçue. »
Bien des années plus tard - trop tard -, la petite Colette répondra à sa mère. A sa manière, silencieuse et secrète. Quelques notes, retrouvées dans ses papiers : « Il me semble avoir toujours su qu’en me faisant mes parents s’étaient livrés à une chimie qu’ils ne maîtrisaient pas… C et H ne faisaient pas un enfant à l’image de C et de H. De sournois grands-parents, des frères ou sœurs insidieux participaient à la chose. De sorte qu’on mettait en moi non pas l’essence de ce qu’il y avait de meilleur en C et H, mais l’incurable rêvasserie du Capitaine, son inaptitude à gérer les bien terrestres, sa propension à l’attachement canin qui le fit sourd et aveugle à tout ce qui n’était pas son aimée, et le sentiment qu’il avait vingt vies devant lui pour écrire l’œuvre dont il ne fit qu’imaginer qu’elle coulerait de lui un jour… Comme si ce n’était pas assez, on me glissa fortuitement quelques gouttes du sang d’un frère mi-sauvage qui ne put se faire ni à la société ni à la compagnie… Ce mien oncle fut détruit par l’éclatement et la ruine de la famille, de sorte qu’elle n’eut plus assez d’énergie, cette famille, pour s’intéresser à ses dons de musicien… Alors, silencieux, il promena sa sèche et maladroite silhouette toute meublée d’ondes musicales qu’il n’avait plus l’énergie de traduire… » Rêvasserie du Capitaine, inertie de Léo, le frère musicien raté - Colette, clairvoyante, les avait démêlées chez sa fille : « Ma fille, ne compte pas sur elle, écrit-elle à Renée Hamon. Elle n’est résolue qu’en paroles. C’est une charmante enfant que j’adore, mais elle use le temps au lieu de l’employer. »
Bel-Gazou, née en juillet 1913, a un an quand la guerre éclate. La petite fille va passer ses premières années à Castel-Novel en Corrèze, sous la férule de Miss Draper, « Nursie dear », sa gouvernante anglaise, dans le château des Jouvenel, vaste bâtisse qui devait singulièrement manquer de confort : « La grande glace de l’hiver corrézien dans l’immense maison qui ne connaissait d’autre chauffage que celui des feux de bois, dans les cheminées qui réchauffaient mal des pièces trop grandes, et Miss Draper qui me plantait dans le tub de zinc au retour de nos randonnées. Trois brocs, l’un d’eau bouillante, l’autre d’eau froide et celui du milieu pour y mêler le chaud et le froid. Puis la grande serviette de bain mise à chauffer devant le feu et dans laquelle on m’enveloppait en me frottant comme on frotte les chevaux. Et au lit, sous l’édredon rouge, avec Struwwel Peter ou quelque conte anglais… »
Son père est au front, sa mère à Paris ; ensemble, ils séjourneront ensuite à Rome. « De façon intermittente, à l’occasion de permissions, la famille regroupée venait à Castel Novel. La grande demeure retrouvait la vie, la sonorité des rires, et moi la félicité. » Mais ce sont des occasions rares : « Ma chérie, c’est un vrai regret que de ne pas passer le jour de Pâques avec toi. Mais tu sais bien que ni papa ni moi ne faisons comme nous voulons », lui écrit sa mère au mois d’avril 1917. Une enfant de quatre ans peut-elle comprendre de tels arguments ?
La vie de la fillette est bien morne, seule avec la sévère nurse dans le grand manoir : « Il me restait Marmot, la seule poupée que j’aie jamais aimée. Marmot était en étoffe. Je l’aimais parce qu’elle avait les yeux bleus - ou bien est-ce que j’aime les yeux bleus à cause de Marmot ? Elle avait les cheveux raides, d’un blond albinos, et d’une extrême finesse. J’ai été très longtemps fidèle à Marmot. »
Est-elle moins seule à Paris, où elle revient après la guerre ? « Tapie dans ce couloir du boulevard Suchet qui menait à ma chambre, un couloir avec une marche commode pour s’asseoir. La paroi de gauche était occupée de rayonnages bien remplis de livres. Ce couloir devait être le dépotoir aux livres sans importance. Ce couloir faisait cachette, je crois que j’y lisais en cachette, une oreille aux aguets. Virginie montait et descendait les escaliers. Léontine demeurait dans la cuisine. Edouard à l’office. Mes parents, où étiez-vous ? au Matin, au travail, à la vie. Moi, j’étais ce non-être dans un couloir… »
Octobre 1922 : Après un court passage au lycée Molière, la petite Colette est mise en pension au lycée de Saint-Germain-en-Laye. Raison invoquée : à Paris, où elle est externe, ses parents n’ont le temps de surveiller ni ses études ni son emploi du temps. A Saint-Germain, les enfants reçoivent le jeudi la visite de leurs parents. Mais c’est souvent en vain que la petite attend sa mère : « Je t’en supplie, viens me voir jeudi s’il te plaît, maman chérie, adorée… »… « Je t’ai attendue pendant très longtemps et finalement lorsque j’ai vu que tu ne venais pas vers les six heures je me suis dit que tu avais sûrement la grippe… » Il y aura ensuite un collège anglais, puis un cours privé parisien…
Colette aime les enfants - même la sienne - comme elle aime les animaux : obéissants et soumis à sa volonté. Ceux-ci sont alors l’objet de toutes ses attentions : la Chatte sans reproche, « au-dessus de tout éloge », la chienne Souci qu’on peut, par exemple, laisser seule dans une chambre d’hôtel inconnue sans qu’elle aboie… Idem pour sa fille : « J’ai à te dire, écrit-elle à Marguerite Moreno, en septembre 1921, que je suis avec ma fille, et complètement éblouie par elle. Elle est comme un modèle d’enfant. Son corps contenterait les plus difficiles, elle a le derrière dur, le bras charnu, et quand elle se lève sur la pointe de ses pieds nus, deux beaux muscles en forme de cœur sortent de ses mollets, comme à ceux des matelots quand ils grimpent dans le cordage. Pour la figure, tu y mets les sourcils de Sidi, les yeux de Sidi plus verts, le nez fendu de Sidi, la bouche de Colette, et tu as ma foi un ensemble bien acceptable… »
Comme le souligne Michel Del Castillo : « Colette ne se lasse pas d’admirer ce parfait petit animal, qu’elle touche, palpe, tourne et retourne. » Sans oublier de le ramener à la raison dès qu’il manifeste trop d’indépendance : « Hier à table je lui intime deux fois l’ordre de manger convenablement sans jouer, la troisième fois je la menace d’exil. Elle met ses sourcils sur son nez, devient rouge, me regarde à me renverser et me lance à travers la table un : « Qu’est-ce que c’est que ces manières ? » qui sonnait extrêmement Jouvenel ! En dépit d’une juste admiration, j’ai emporté tout ça dehors - et quelle force ça peut déployer dans la lutte - et ça trépignait dehors de rage et de repentir derrière la porte vitrée, et ça criait, avec un accent que tu imiteras mieux que moi : « Je ne le veux plus fai-re ! je ne le veux plus fai-re » Des manières de dompteuse…
Colette « mauvaise » mère ? Qui pourrait l’affirmer ? Et sur la foi de quel témoignage ? Bien malin qui pourrait se vanter d’avoir tiré de Colette de Jouvenel un seul mot de reproche à l’égard de sa mère… Et la correspondance entre les deux femmes invite, sur ce sujet, à la prudence. Certes, au début, la mère ne répond pas toujours aux appels de l’enfant ; comme si elle ne savait pas très bien par quel bout prendre cette enfant, comme on dit. Peut-être faut-il voir là un effet du « caractère accidentel de sa maternité ». Mais la fillette a compris : « Ce que j’ai su très tôt c’est que je n’avais pas droit, comme les autres petites filles, aux accès de tendresse, à jeter tout d’un coup mes bras autour de quelqu’un, à proférer ces sottises exquises que sont les mots tendres qui viennent par bouffées, et sans motif raisonnable aucun. Chez nous étaient bannis le gnangnan et les diminutifs (« Bel-Gazou » ne me dura pas longtemps et je l’entendais surtout des personnes étrangères). »
Au fil des années, le ton des lettres change, la tendresse perce au détour d’une phrase, s’affirme, envahit toute la place entres les lignes. Oui, une vraie tendresse maternelle - qui s’entend bien dans les lettres qu’elle lui adresse (et qu’a publiées Anne de Jouvenel). Colette à présent recherche sa présence. Ainsi l’été 1937 : « Alors, pas de fille chérie, cet été ? Tu es si vilaine que… je te regrette beaucoup. » 30 juin 1938, alors que la jeune femme vient d’être opérée de l’appendicite : « Fille chérie, coupée, cousue, pauvre fille qui grimaçait ce matin comme un pauvre rat, mais qui a fait un joli sourire à z’yeux fermés rien que pour moi… Que tu étais petite ce matin !... » Et cet aveu : « On dit qu’un moment vient toujours de regretter d’avoir eu des enfants très tard. Je vois bien que c’est vrai, moi qui « assiste » de si loin à toi. »
Cette tendresse se fait jour même dans des lettres adressée à d’autres correspondants. Comme celle-ci, à Marguerite Moreno, le 31 août 1932, écrite de Saint-Tropez (la petite a dix-neuf ans) : « On m’a enlevé ma fille. Nous vivions en si bon accord, et d’une si bonne vie pour elle… » La dompteuse a rangé ses fouets, ses tabourets et ses cerceaux en papier…
Mais c’est trop tard, sans doute. Les liens qui se créent dans les premières années entre une mère et son enfant n’ont pas été tissés. Ils ne le seront jamais. Même si les lettres de la fille débordent d’attentions et de soins, elles se font rares : « Fille chérie, sacré mille tonnerres, vous ne m’écrivez pas assez ! » proteste la mère. Jean Cocteau explique ces silences à sa manière : Colette intimide sa fille au point de l’empêcher de lui écrire - « le complexe de cette timidité échappant à la mère, je vis toujours la mère et la fille s’appeler l’une l’autre à distance, se chercher à tâtons comme dans une amoureuse partie de colin-maillard ou de cache-cache.
Quoi qu’en ait dit - ou pas dit - Colette de Jouvenel, il devait être bien difficile de vivre, et même de survivre, dans la grande ombre maternelle. Comme en témoigne cette note, retrouvée parmi des écrits intimes consacrés à sa mère : « Son travers ? L’impatience - qu’elle contrôlait admirablement. L’impatience que connaissent les esprits et les sensibilités déliés devant ce qui est épais, lent, maladroit. » Et sans doute la petite Colette se rangeait-elle, humblement, du côté de « ce qui est épais, lent, maladroit ». Même son mariage elle l’avait raté. Un mariage éclair : août-octobre 1935.
Après la Deuxième Guerre mondiale - durant laquelle elle avait caché et protégé des Juifs dans son château en ruine de Curemonte -, elle avait essayé du journalisme ; les articles qu’elle donna à des journaux comme Fraternité ou Clarté, reportages écrits à chaud dans l’Allemagne vaincue de l’été 1945 - « De Munich à Dachau », « La Zone française », « Opérette ou tragédie ? » - sont d’une plume ferme et habile ; auparavant elle avait été assistante de cinéma, notamment pour Lac aux dames que réalisa Marc Allégret ; elle fut longtemps antiquaire ; elle fut une photographe de talent - ses proches ont retrouvé dans ses archives, des clichés dignes d’une grande artiste -, elle fut aussi un peintre estimable… Quoi encore ?
Mais comment ne pas voir, dans des activités qui semblaient désordonnées du temps qu’elle vivait, mais auxquelles la mort a donné leur véritable sens -, comment ne pas voir, dans ces carrières successives, élues et trop vite abandonnées, comme autant d’élans vers une autonomie sourdement revendiquée ? Jusqu’au bout, elle lui aura été refusée.
« Quelle fichue situation d’être la fille de deux quelqu’un. Elle a un sacré besoin de s’appeler Durand, ma fille », constate lucidement Colette. C’est en Italie, sa terre d’élection, que Colette de Jouvenel trouvera enfin cette sorte d’anonymat. « Elle n’était ni Jouvenel ni la fille de Colette, mais un simple prénom ouvrant le droit au bonheur d’aimer, de vivre, de rire surtout. » C’est là, sur les hauteurs d’Anacapri, dans sa villa blanche fleurie de jasmins et de rosiers, qu’elle va - peut-être - pouvoir oublier la dernière trahison maternelle : le testament qui la prive de tout, du droit moral comme des droits d’auteur ? Datées de juillet 1945, c’est-à-dire d’un temps où Colette est en pleine possession de ses moyens intellectuels, les dernières volontés de l’écrivain lèsent la fille au profit du dernier mari, Maurice Goudeket. « Le veuf », comme elle va l’appeler par dérision.
Ceux qui ont connu Colette de Jouvenel dans ses dernières années, après que le décès de Maurice Goudeket l’eut réintégrée entièrement dans ses droits d’héritière, savent quel soin, tatillon parfois, elle prenait de l’œuvre de sa mère dont elle s’était faite, sur le tard, une sorte de héraut ; Didier Decoin, dans Le Figaro, quelques jours après sa disparition en 1981, se rappelait qu’ayant lu quelques pages de sa main, il s’était écrié : « Vous êtes un écrivain, un vrai. » A quoi elle avait répondu : « Ne dites pas cela. Je n’y tiens pas du tout. Je suis déjà heureuse d’être peut-être la meilleure lectrice de Colette. » C’est le rôle qu’elle s’était choisi. « J’apprenais à la lire - j’apprends encore - toute muette d’une ivresse admirative. Tout ce que j’avais besoin d’apprendre était là, est toujours là. »
Elle s’était installée dans le célèbre appartement de sa mère. Ou plutôt elle y campait, lors de ses brefs séjours parisiens, dormant dans la chambre rouge où, pieusement, elle avait reconstitué le décor du Fanal bleu et de L’Etoile Vesper.
Les sulfures et les presse-papiers, la paire de fauteuils que Colette elle-même, dans les dernières saisons de sa vie, alors que l’arthrite la pétrifiait sur son « divan-radeau », recouvrit de tapisserie, l’écritoire d’acajou, les lampes de porcelaine… Et derrière chaque porte le visiteur s’attendait à voir surgir le fantôme de Colette !
La petite Colette avait-elle pardonné ? Qui le saura jamais ? Que cherchait-elle, en veillant de la sorte sur les livres de sa mère, en ménageant, en préservant le décor de ses dernières années ? Ne tentait-elle pas de regagner, par-delà la mort, la confiance que sa mère lui avait retirée - depuis ce testament scélérat signé un jour de juillet 1945, marque inscrite au fer rouge dans sa mémoire ? « Mois après mois, d’une année à l’autre, Colette de Jouvenel se dégageait de son patronyme. Tout comme Colette Willy avait mis un long temps pour devenir Colette, rejoignant, par une Sido imaginaire, la maison de Saint-Sauveur, ainsi Colette de Jouvenel se fondait-elle dans une mère rêvée. », écrivait Michel Del Castillo dans son ouvrage « Colette, une certaine France ».
Gérard Bonal
"Colette intime"
Editions Phébus
Retour de pêche
CHANT FUNEBRE D'UN REPRESENTANT
Mouvement des navires
mouvement des marées
Tu t'étais fait attendre
pendant des jours entiers
A la porte du Sept
le garçon a frappé
il m'a donné la lettre
et puis tout a tourné
Mouvement des navires
mouvement des marées
J'avais le mal de mort
et sans même en mourir
comme d'autres le mal de mer
sans pouvoir le vomir
Rien qu'en voyant l'enveloppe
j'avais tout deviné
dans la lettre de ta soeur
ton sort était marqué
Mouvement des navires
mouvement des marées
Alors je suis sorti
sans même me laver
et puis j'ai remonté
la rue de la Gaîté
et dans l'avenue du Maine
j'ai pris un verre de rhum
et le patron m'a dit
histoire de rigoler
Le petit verre du condamné
Il ne croyait pas si bien dire
cet homme qui savait rire
Mouvement des navires
mouvement des marées
A la gare Montparnasse
la gare que tu aimais
j'ai pris un ticket de quai
Je suis resté longtemps
à errer dans la gare
et je ne pensais qu'à ta vie
Mouvement des navires
mouvement des marées
Colliers de coquillages
bals de Vaugirard et de Saint-Guénolé
et le pas de tes pieds
sur le sable mouillé
toujours je l'entendais
et les quais étaient balayés
à intervalles réguliers
par les feux du phare de Penmarch
Mouvement des navires
mouvement des marées
Ton sort c'était hier
Le mien c'est pour demain
et ta robe neuve et rouge
quand tu l'enlevais
jamais je n'oublierai
tout ce que tu disais
toi qui souriais toujours
comme seul sourit l'amour
Tu vois c'est le rideau d'un théâtre
et j'espère que toujours le spectacle te plaira
quand le rideau se lèvera
Mouvement des navires
mouvement des marées
Fraises de Plougastel
crêpes de sarrasin
hier c'était hier
oh que serai-je demain
Mouvement des navires
mouvement des marées
Oh je ne vendrai plus
des souvenirs de vacances
des boîtes en coquillages
et des coquilles Saint-Jacques
le paysage dedans
Je vendrai des vieux sacs
je vendrai des cure-dents
horaire itinéraire
Finistère Finistère
tout ça c'est déchiré
Mouvement des navires
mouvement des marées
Jacques Prévert
Balzac, par Louis Boulanger
BALZAC DANS LE MONDE
Pour ses débuts dans le monde Balzac se met en frais de toilette. Et d’abord : il ne faut pas se présenter comme M. Balzac tout simplement ; ça sonne trop mal, trop bourgeois dans le noble Faubourg. Balzac bluffe donc en s’attribuant de sa propre autorité une particule. A partir de La Peau de chagrin tous ses livres paraissent sous le nom de « de » Balzac et malheur à celui qui ose contester ce titre. Il lui donne à entendre que c’est pure modestie s’il se nomme simplement «de Balzac » puisqu’il descend du marquis d’Entraigues. Et pour rendre la chose plus plausible encore il fait graver sur ses couverts et peindre sur son carrosse ce blason d’emprunt. Après quoi il modifie de fond en comble son genre de vie. On ne prendra Honoré de Balzac pour un grand écrivain, raisonne-t-il, que s’il se présente d’une façon digne de sa situation. On ne prête qu’aux riches et dans un monde où seule compte l’apparence, il faut donc se donner l’apparence de posséder beaucoup pour recevoir beaucoup. Si un M. de Chateaubriand est propriétaire d’un château, si Girardin a deux chevaux de selle, si même un Jules Janin ou un Eugène Sue roulent carrosse, il faut bien qu’Honoré de Balzac ait un tilbury, avec, derrière, un laquais en livrée, pour qu’on ne le prenne pas pour un petit scribouillard. Dans la rue Cassini on s’installe au second étage, on se procure un mobilier de luxe et il ne faut pas qu’un élégant quel qu’il soit puisse dire qu’il est plus richement et plus chèrement vêtu qu’Honoré de Balzac. Pour son habit bleu il se fait faire, sur commande, des boutons d’or ciselés ; il faut que le brave Buisson lui taille à crédit les gilets de soie et de brocart les plus coûteux. Et c’est ainsi, sa crinière de lion couverte d’une couche épaisse de cosmétique, un petit face-à-main coquettement tenu entre les doigts, que le nouvel auteur pénètre dans les salons parisiens « pour se faire une réputation », comme s’il ne s’était pas déjà assuré par ses œuvres la conquête du monde et de la postérité.
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Mais quelle déception ! La « réputation » que Balzac se fait dans la société parisienne en s’y présentant en personne a un effet vraiment désastreux pour sa véritable réputation. Les essais de Balzac pour se donner l’allure d’un élégant ne seront, durant toute sa vie, qu’un perpétuel échec. Et d’abord les salons où il est admis ne sont pas encore ceux du Faubourg Saint-Germain, les palais des grandes ambassades, mais seulement les salons littéraires de Mme Delphine Gay et de sa fille Mme de Girardin, le boudoir de Mme Récamier, les salons de dames qui, parce que l’aristocratie officielle se tient à l’écart, veulent lui faire concurrence au moyen de l’aristocratie littéraire. Mais même dans ces cercles moins exigeants l’élégance pompeuse, prétentieuse, forcée, fait un effet catastrophique. Petit-fils de paysans, fils de bourgeois, incurable roturier, Balzac a une telle corpulence qu’il ne saurait, rien que pour cela, espérer se donner une silhouette et une allure aristocratiques. Il n’est pas de tailleur à la cour, pas de Buisson, pas de boutons en or, pas de jabot en dentelles qui puisse faire paraître distingué ce gras plébéien aux joues rouges, taillé à la hache, qui parle fort et sans discontinuer et s’introduit dans tous les groupes pour y éclater comme un boulet de canon. Il a un tempérament bien trop exubérant, bien trop excessif pour s’adapter à des manières discrètes et retenues. Vingt ans plus tard Mme de Hanska se plaindra encore de ce qu’il fourre en mangeant son couteau dans la bouche, de ce que ses bruyantes vantardises portent précisément sur les nerfs des gens qui seraient le mieux disposés à l’admirer. Elle lui reprochera son rire retentissant, sa loquacité débordante et passionnée qui coupe la parole à tout le monde. Seul un oisif, seule une nature tournée vers le dehors, trouvera assez de temps et de persévérance pour ne jamais se départir du souci de l’élégance - ce qui, en soi, constitue un art ; un Balzac qui s’est tout juste arraché à son travail pour une heure, trahit manifestement la hâte dans son accoutrement. Les couleurs de son habit et de son pantalon jurant ensemble, mettaient Delacroix au désespoir et à quoi sert le lorgnon d’or si les ongles des doigts qui le tiennent sont sales ; si les lacets de souliers se balancent dénoués sur les bas de soie ; à quoi sert le jabot si la graisse dont la crinière est empommadée dégoutte dessus dès qu’elle subit l’effet de la chaleur ? Balzac porte son élégance qui, par suite de la vulgarité de ses goûts, vise de plus en plus à la pompe et à l’extravagance, comme un laquais sa livrée. Sur lui ce qui est cher semble de la camelote, son luxe apparaît provocant, et l’ensemble - les innombrables caricatures qui nous sont parvenues de lui en font foi - contraint souvent ses admiratrices elles-mêmes à faire en cachette une moue derrière leur éventail.
Mais plus Balzac sent que la vraie élégance ne lui réussit pas, plus il cherche à renchérir. S’il ne peut faire bonne figure, il veut au moins faire sensation. S’il ne peut faire une impression plaisante par une discrète distinction, il faut au moins que toutes ses extravagances soient aussi fameuses qu’il l’est lui-même. Puisqu’on se moque de lui, il veut au moins donner à la moquerie une riche matière. C’est ainsi qu’après son premier échec Balzac imagine quelques objets bizarres qui, dit-il en riant, le rendront plus célèbre que ses romans. Il se fait faire une canne grosse comme une massue, garnie de turquoises et met en circulation à ce sujet les bruits les plus étranges, par exemple : dans la pomme de cette canne se trouverait le portrait en costume d’Eve d’une mystérieuse amie de la haute aristocratie. Quand il pénètre dans la loge des Tigres aux Italiens avec cette canne (qui a coûté sept cents francs - de dettes), tout le public comme par enchantement, fixe ses regards sur lui et cet objet étrange inspire à Mme de Girardin un roman : La canne de M. Balzac. Mais les dames n’en sont pas moins désabusées, aucune ne fait de ce troubadour de la femme son favori et les célébrités des salons parisiens, ses Rastignac, ses de Marsay, pour qui il est plein d’admiration, sentent qu’ils n’ont pas besoin d’engager la lutte conte un nouveau candidat qui se présente avec la brutalité massive d’un hippopotame ou d’un éléphant.
… Et ainsi les faiblesses de Balzac sont trop manifestes pour ne pas présenter cent brèches ouvertes aux traits d’esprit et à la malice. Dans tous les journaux les railleries malveillantes fusent et pétillent. Balzac, le plus grand écrivain de son temps, devient la cible favorite des échos venimeux et des caricatures effrontées. La prétendue « bonne société » ne se venge de personne avec plus de virulence que de celui qui la méprise et ne peut cependant se passer d’elle. Balzac lui-même ne ressent pas profondément cet échec. Il a trop de vitalité, de tempérament, il voit les choses de trop haut pour sentir ces coups d’épingle, et aux petits sourires railleurs, à la moue, aux plaisanteries de ces fats ennuyeux, et de ces bas-bleus snobs, il ne répond que par le gros rire libre d’un Rabelais. Il ne répliquera pas à la méchanceté des journalistes aigris et des littérateurs impuissants par des polémiques mesquines, mais - en esprit créateur qui voit large jusque dans sa colère - par la fresque grandiose de la corruption littéraire des Illusions perdues. Ses vrais amis par contre souffrent de voir un homme dont ils admirent le génie se mettre par un snobisme vulgaire dans une situation qui l’avilit et donner pour un quart d’heure raison aux railleurs. La petite provinciale Zulma Carraud, si loin qu’elle se trouve placée, comprend plus vite que lui que ces fruits paradisiaques de la vie mondaine dont il rêve auront bientôt pour lui un goût fade et amer ; elle le conjure de ne pas être un « acteur », « dans un monde qui vous demande cent fois plus qu’il ne vous donne », et dans son amitié elle lui crie :
Honoré, vous êtes un auteur remarquable, mais vous étiez appelé à mieux que cela. La célébrité n’est pas pour vous, il fallait prétendre plus haut. Si je l’osais, je dirais bien pourquoi vous dépensez si vainement une si rare intelligence ! Tenez, laissez donc la vie élégante à qui elle doit tenir lieu de mérite, ou bien à ceux à qui de grandes plaies morales l’ont rendue nécessaire comme moyen de s’étourdir… Je me tourmente du désir de vous savoir ce que vous devriez être. Pardonnez-le moi.
Mais il faudra encore à Balzac plus d’une amère expérience avant que l’ivresse de sa jeune gloire fasse place au désenchantement, avant qu’il reconnaisse la vérité de la loi qu’il a lui-même proclamée qu’on ne peut être en même temps maître dans deux sphères, mais seulement dans une seule, et que le sens de son destin n’est pas de briller dans un grand monde transitoire et voué à l’oubli, mais bien, en en peignant les sommets et les bas-fonds, de conférer à ce monde l’éternité.
Stefan Zweig
Balzac - Le roman de sa vie
(Collection Le Livre de Poche)
Jean-François Millet - Les planteurs de pommes de terre, 1862
Huile sur toile - 82,5 cms X 101,3 cms
Museum of Fine Arts, Boston
Jean-François Millet - Les glaneuses, 1857
Huile sur toile - 83,5 X 110 cms
Musée d'Orsay, Paris
Pierre-Auguste Renoir - Portrait de Claude Renoir peignant, 1907
ou Claude au chevalet
Huile sur toile - 55 X 46 cms
Collection privée
Pierre-Auguste Renoir - Terrasses à Cagnes, 1905
Huile sur toile - 46 X 55,5 cms
Collection privée