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merci pour le texte de l'hécatombe
rolland radio coeur ?????
Par Rolland++Bosc, le 24.05.2013
salut o poète ....et bonjour à nougaro
???????
Par Rolland++Bosc, le 23.05.2013
mon cher sémonide, de marseille, merci de nous donner un petit cours de mythologie en évoquant iris, héra, her
Par escapadeautomnale, le 23.05.2013
ce matin, mon coeur de musicien, un peu troubadour, un peu poète
et un peu métèque est bien triste.
en
Par JM, le 23.05.2013
je viens d'écouter cette jolie chanson de maurice fanon, "l'écharpe".. .
et je ne peux m'empêcher de pe
Par Sémonide de Marsei, le 23.05.2013
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Date de création : 24.01.2011
Dernière mise à jour :
23.05.2013
547articles
Alfred Castilly - Petit garçon sur la plage de Saint-Aubin (aquarelle)
http://www.artquid.com/artist/alfred-castilly/alfred-castilly.html
Ô lente enfance d'où
comme une longue pâture
grandit le dur pistil,
le bois de l'homme.
Qui ai-je été ? Et quoi ? Qu'avons-nous donc été ?
Point de réponse. Nous passâmes.
Nous n'avons pas été. Nous étions. D'autres pieds,
d'autres mains, d'autres yeux.
Tout se transforma feuille à feuille
sur l'arbre. Mais en toi ? Ta peau changea,
tes cheveux, ta mémoire. Non, tu ne fus pas celui-là.
Cet enfant-là passa lui en courant
derrière un fleuve ou derrière une bicyclette,
avec le mouvement
s'en alla ta vie dans cette minute.
La fausse identité suivit tes pas.
Jour après jour les heures s'ammarèrent,
mais ce n'était déjà plus toi et l'autre vint,
l'autre toi, puis un autre encore et tu fus toi enfin
et tu finis par t'arracher
au passager lui-même,
au train, au wagon de la vie,
à la substitution, à l'être cheminant.
Le masque de l'enfant changea
et la maigreur creusa sa douloureuse condition,
l'inconstante puissance s'apaisa :
le squelette tint bon,
l'architecture de l'os résista,
le sourire,
la démarche, un geste aérien, l'écho
de cet enfant nu
qui surgit d'un éclair,
pourtant ce grandir fut pareil au vêtement :
l'homme était quelqu'un d'autre et le portait prêté !
Ce fut mon cas.
De ma forêt
j'arrivai à la ville, au gaz, aux visages cruels
qui mesurèrent ma stature et ma clarté,
j'arrivai à des femmes qui en moi se cherchèrent
comme si je les avais égarées,
et ainsi survint
l'homme impur,
fils du fils pur,
jusqu'au moment où rien ne fut plus comme avant,
et où soudain sur mon visage
parut un visage étranger
et c'était moi encore :
c'était moi qui grandissais,
c'était toi qui grandissais,
tout grandissait,
et nous changeâmes
et nous oubliâmes à jamais qui nous étions.
Quelquefois nous nous souvenons
de celui qui vécut en nous
et nous lui demandons peut-être de se souvenir de nous,
de savoir au moins que nous fûmes lui, que nous parlâmes avec sa langue,
alors, du fond des heures consumées,
il nous regarde mais ne nous reconnaît pas.
Pablo Neruda
J'ai attendu cet hiver comme aucun hiver
n'a été attendu par un homme avant moi,
Ils avaient tous rendez-vous avec le bonheur :
moi seul t'attendais, heure obscure.
Celui-ci est-il comme ceux d'antan,
avec un père et une mère, avec un feu
de charbon et le hennissement d'un cheval dans la rue ?
Ou cet hiver est-il comme celui de l'an prochain,
l'hiver de l'inexistence et du froid total
et la nature ignore-t-elle que nous nous sommes en allés ?
Non. J'ai réclamé la solitude entourée
d'un vaste ceinturon de pure pluie
et ici sur mon propre océan elle m'a trouvé ; le vent
volait comme un oiseau entre deux zones d'eau.
Tout était prêt pour que le ciel verse des larmes.
Le ciel fécond d'une seule et douce paupière
a laissé tomber ses pleurs comme des épées glaciales
et, telle une chambre d'hôtel, le monde
s'est fermé : ciel, pluie et espace.
Pablo Neruda
Amine - Train dans la nuit
http://www.casafree.com/communaute/profil-19-AmInE.html
Oh ! long train de nuit,
souvent
du Sud en direction du Nord,
au milieu des ponchos mouillés,
des céréales,
des bottes que la route raidit,
en Troisième,
tu as déroulé la géographie.
C'est peut-être alors que j'ai commencé
la page terrestre,
que j'ai appris les kilomètres
de la fumée,
l'étendue du silence.
Nous passions Lautaro,
des chênes, des champs de blé, une terre
à la clarté sonore, à l'eau
victorieuse :
les longs rails continuaient très loin,
et plus loin les chevaux de la patrie
traversaient
des prairies
argentées,
soudain
le haut pont du Malleco,
fin
comme un violon
de fer clair,
puis la nuit, et ensuite
le Train de nuit
qui roule, roule entre les vignes.
Ils étaient différents, les noms
au-delà de San Rosendo
Où s'assemblaient
pour dormir toutes les locomotives,
celles de l'Est, celles de l'Ouest,
celles qui venaient du Bio Bio,
des faubourgs,
du port délabré de Talcahuano
et même celles qui apportaient enveloppés dans une vapeur verte
guitares et noble vin de Rancagua.
Là dormaient
les trains
dans le noeud
ferrugineux et gris de San Rosendo.
Aïe ! petit étudiant
tu changeais
de train et de planète,
tu entrais
dans de pâles cités de brique crue,
de poussière jaunâtre et de raisin.
A l'arrivée en gare, des visages
à l'emplacement des centaures,
n'amarraient plus des chevaux mais des voitures,
les premières automobiles.
Le monde se faisait plus doux
et quand
je me pris à regarder en arrière,
il pleuvait
et mon enfance se perdait.
Le Train strident entra
à Santiago du Chili, capitale,
et alors je perdis les arbres,
des faces blêmes
descendaient les valises ; je vis pour la première fois
les mains du cynisme :
je me mêlai à une foule qui gagnait ou perdait,
je me couchai dans un lit qui n'avait pas appris à m'attendre,
fatigué, je dormis comme une souche,
et je sentis, à mon réveil,
une douleur de pluie :
quelque chose me scindait de mon sang
et quand je sortis, apeuré,
dans la rue,
je sus, car je saignais,
qu'on avait coupé mes racines.
Pablo Neruda