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merci de publier une mère juive de moustaki
je pense aussi a 'la petite juive ' de fanon
radio
Par Rolland++Bosc, le 25.05.2013
rolland, de radio coeur (!), nous publierons demain dimanche, sur cette même chaîne, "une mère juive" de georg
Par escapadeautomnale, le 25.05.2013
merci pour le texte de l'hécatombe
rolland radio coeur ?????
Par Rolland++Bosc, le 24.05.2013
salut o poète ....et bonjour à nougaro
???????
Par Rolland++Bosc, le 23.05.2013
mon cher sémonide, de marseille, merci de nous donner un petit cours de mythologie en évoquant iris, héra, her
Par escapadeautomnale, le 23.05.2013
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Date de création : 24.01.2011
Dernière mise à jour :
25.05.2013
549articles
Chris Laure - Hyppolyte, le hérisson - Dessin et montage numérique
http://www.chrislaure.book.fr/
Le solstice d’été arriva. Branle-bas de combat dans le champ de la Muguette ! Fil de Fer, toujours serviable, installa, en guise de fauteuils d’orchestre, des meules de foin. Rodolphe Guéguen, portant nœud papillon, accueillit ses invités. Hyppolyte, suivi de madame hérisson et de ses petits, se présenta le premier, sans aucun piquant. Cerf, sanglier, loup, profil bas, devancèrent une taupe qui, compte tenu de sa mauvaise vue, s’installa au premier rang.
Le supérieur hiérarchique de Fil de Fer apparut, bras dessus bras dessous, avec la sorcière des quatre vents, sans son balai. Le mage, lui, accompagnait la pimpante fée aux cheveux rouges.
Bûcherons, sabotiers, même l’ermite du village de Folle Pensée, habillés sur leur trente et un, précédaient chevreuil, renardeau, quelques alouettes. Tout était prêt pour l’arrivée du marquis de Riquiqui, de madame Fleur de Lilas et du jeune Eutrope, le petit-fils, aux boucles blondes si romantiques, du marquis.
Rodolphe Guéguen fit grimper sa libellule, qui ne savait toujours pas ce qui l’attendait, sur une meule de foin. Puis, avec sa canne, il tapa, comme au théâtre, trois coups sur le sol.
Aussitôt, un papillon se présenta à la petite libellule en disant :
- « Je suis l’arlequinette, et je t’offre ces liserons ».
Un deuxième papillon, avec de magnifiques taches orangées sur les ailes, se présenta à son tour :
- « Je m’appelle l’aurore, et je t’offre, pour souper, une botte de cresson des prés ».
La panthère jaune pâle, virevoltant ici et là, diffusa, sur l’assistance, un frais parfum de lavande.
Des lépidoptères de toutes couleurs vinrent, tour à tour, saluer la petite fille devenue princesse des papillons. La citronnelle rouillée apporta du chèvrefeuille odorant, et l’ensanglanté des fleurs d’ajoncs. L’écaille roussette, venue des tourbières, exécuta une sorte de gavotte. La piéride du chou et le flambé dansèrent une bourrée. Le grand mars changeant et le hibou soufflèrent dans un cor de chasse.
Au moment où le pacha à deux queues invita la petite princesse à valser, madame Fleur de Lilas ne manqua pas de remarquer le regard insistant que le jeune Eutrope de Riquiqui posait sur la gracieuse libellule.
Mais le spectacle continua avec la vanesse des chardons effeuillant un artichaut. Qui était ce papillon se contenant de chauffer ses ailes au soleil ? La mégère, évidemment. La petite tortue éparpillait des pétales de roses sur l’assistance, pendant que le sphinx des tilleuls proposait des infusions.
Qui fut le dernier à entrer en scène ? Le grand paon de la nuit, aux ailes bariolées, qui accrocha des cerises aux oreilles de tous les spectateurs.
Que d’applaudissements ! Et quel émerveillement ! La petite libellule, qui n’avait jamais rien vu d’aussi joli, pleurait de joie. Hyppolyte et Fil de Fer aussi. Puisque tout a une fin, les insectes, au même instant, quittèrent les herbes folles et s’envolèrent pour ne plus revenir. Mais la petite fille savait, maintenant, pourquoi la ferme de son grand-père s’appelait « La clairière aux papillons ».
Oui, tout a une fin car la nuit de la Saint-Jean, au cours de laquelle la petite libellule et le jeune Eutrope dansèrent dans la campagne autour d’un immense feu de joie, sans jamais se lâcher la main, madame Fleur de Lilas fit savoir que le temps était venu de regagner Shangai.
Le départ de la petite libellule déchira le cœur de Rodolphe et du jeune Eutrope. Ne parlons pas du cœur de la brave Muguette ! Fil de Fer et Hyppolyte, quant à eux, versèrent des fontaines de larmes.
Mais au vent d’automne, un bus bringuebalant, plein à craquer, dont le conducteur ressemblait étrangement à Fil de Fer, s’arrêta devant le marché aux oiseaux de Shangai. De mémoire de Chinois, personne, ici, n’avait vu d’écaille roussette, ni de grand mars changeant, encore moins d’arlequinette. Tous les papillons de la clairière avaient, en effet, effectué le voyage. Rodolphe Guéguen, le marquis de Riquiqui et le jeune Eutrope furent accueillis, comme des magiciens, par de vieux vendeurs de bengalis, de colibris, de canaris. Les vieux oiseleurs chinois, voyant autant de papillons, autant de couleurs, n’en croyaient pas leurs yeux bridés. Ils se firent un plaisir d’indiquer, en mandarin, le chemin de la maison de la petite libellule.
Qui frappa, le premier, à la porte de la maison de la princesse aux papillons ? Hyppolyte, bien entendu…
Automnale
TONG - Petite fille - Dessin à l'encre de Chine sur papier
http://www.belartvita.com/20_tong
- « C’est moi, monsieur », répondit la petite chinoise aux yeux délicieusement bridés. Elle se précipita dans les bras de Rodolphe Guéguen et l’embrassa de bon cœur.
Hyppolyte le hérisson, qui avait remis ses piquants, arriva, essoufflé, au moment précis où Rodolphe Guéguen, interloqué, remarquait que la petite libellule portait, sur la paume de la main gauche, la même marque de fabrique que lui-même et que son fils Yannick, à savoir un grain de beauté en forme de papillon.
- « Bon ! Nous te laissons faire connaissance avec ta petite fille, Rodolphe ! ».
Hyppolyte eut juste le temps de s’écarter pour éviter que le fiacre du marquis de Riquiqui, qui transportait madame Fleur de Lilas, ne l’écrasât.
La vie de Rodolphe se transforma. Lui-même se métamorphosa. Des rires fusaient, du matin au soir, dans les bois, les chemins et les moindres recoins de la clairière aux papillons. La petite libellule était gaie comme un pinson, ou comme un bengali rouge. Elle voulait tout savoir des arbres, des fleurs, des animaux de la ferme et de la forêt.
Rodolphe lui raconta les chênes, les hêtres, les bouleaux, les pins, les noisetiers. Il évoqua l’étang bleu, la légende de la cane, la niche au diable, l’arbre d’or, les moines changés en pierres. Rodolphe ne souffrait plus de rhumatismes.
Le grand-père et sa petite fille partaient souvent écouter le bruissement des feuilles du sureau et du frêne, la chanson du vent sur la montagne de lumière, le clapotis des fontaines.
Parfois, ils croisaient la sorcière des quatre vents, sur son balai de genêts, ou bien la jolie fée aux cheveux rouges, entourée d’une cour de korrigans et lutins surgissant des hautes et épaisses fougères.
« Je suis flapie », reconnaissait la petite libellule lorsque, la lune venue, elle grimpait sur le grand lit de coin et se glissait sous le gros édredon à plumes. - « Toi, tu sembles ercaopi » - ce qui, en gallo, signifie requinqué -, lançait-elle à son grand-père, qui riait comme un bossu.
Fil de Fer, à présent, s’arrêtait tous les matins à la clairière aux papillons, juste pour le plaisir de voir la petite libellule. Près de l’âtre, un grillon chantait à tue-tête, ainsi que dans la sacoche de Fil de Fer car la libellule avait offert, à son nouvel ami, un grillon chinois qui, sur son vieux vélo canari, lui tenait compagnie.
- « Sais-tu, petite libellule, comment attraper les grillons de chez nous ? », demanda-t-il à l’enfant.
- « Non, Fil de Fer, je l’ignore. Peux-tu me donner une leçon, s’il te plaît ».
Plutôt que de poursuivre sa tournée du courrier, Fil de Fer, le facteur, partait, dans le champ de la Muguette, à la chasse aux grillons.
- « Cette chasse-là, il faut bien l’admettre, n’est pas à la portée de n’importe qui », déclarait fièrement Fil de Fer.
- « Comment fait-on, Fil de Fer ? », insistait, impatiente, la petite fille.
Voici la leçon de Fil de Fer :
-« Il convient d'abord de te munir d’une longue tige d’herbe. Ensuite, il s’agit de repérer le chant d’un grillon en particulier. Le plus délicat est de s’approcher, sans faire le moindre bruit et le plus près possible, de l’insecte. Enfin, si la chance est avec toi, tu repères le grillon au moment précis où il se dissimule, promptement, dans son terrier. A ce stade, le plus difficile est effectué puisqu’il suffit, alors, d’insérer, dans le trou de l’antre, la longue tige d’herbe et de la faire bouger, histoire de titiller l’occupant. Il faut savoir que les grillons sont, par nature, chatouilleux. Dès la première chatouille, ils sortent de leur trou. Et hop ! C’est le moment de la capture. Mais attention ! Ce porte bonheur ne doit, en aucun cas, être martyrisé. Pour que le cricri capturé vive et grésille, dans une boîte en bambou ou un ancien pot à confiture, il est impératif de le laisser prendre l’air à son aise, de le nourrir de salade verte ou d’herbe tendre. Celui qui fait mourir un grillon voit de gros boutons lui pousser sur le nez ».
Ce que la leçon ne dit pas c’est que Fil de Fer, qui pour mieux surprendre sa proie se transformait, au milieu des herbes folles et boutons d’or, en statue ou automate, se fit admonester par son supérieur hiérarchique. Sans l’intervention du marquis de Riquiqui, conseiller général du canton, il eut été disciplinairement muté dans une cité où les fumées d’usines empêchent de voir les arcs-en-ciel.
Et Hyppolyte ? Hyppolyte n’était pas très content. Depuis l’arrivée de la petite libellule, personne ne s’intéressait à lui. Pour se faire remarquer, il eut une idée de génie. Il se dirigea vers la lande où il trouva, non sans mal, l’aiguille, couleur jade, que madame Fleur de Lilas avait, lors d’une de ses courbettes, fait tomber de son épais chignon et que Calypso avait camouflée parmi les ajoncs. Hyppolyte prit cet objet bizarre entre ses dents, l’emporta dans sa tanière et demanda à madame hérisson de se débrouiller pour que cette étrange aiguille, de si jolie couleur, tienne au milieu de ses piquants roux. Nul ne sut comment madame hérisson s’y prit. Toujours est-il que Rodolphe et la petite libellule, en partance pour le hameau de Trompe Souris, complimentèrent le mammifère pour son magnifique piquant vert. Hyppolyte était aux anges !
Le temps passait si vite ! Tantôt, le grand-père et sa petite fille allaient cueillir la jacinthe, reconnaissable à ses fleurs bleues en forme de clochettes, ou bien la digitale pourpre. Tantôt, ils discutaient avec le chat des bois, car c’est ainsi que l’on appelle, en pays gallo, l’écureuil.
Dans un sentier longeant des ornières, ils croisaient des bûcherons, des sabotiers, l’ermite du village de Folle Pensée, des brigands.
-« Méfie-toi des brigands de la forêt, petite », conseillait Rodolphe. « Méfie-toi, également, du mage », ajoutait-il. Le mage, avec sa longue barbe grise, ses yeux de prunelles sauvages, du gui sur l’épaule, ne semblait pourtant pas méchant. Certes, il grimaçait bizarrement en évoquant la chambre aux revenants. Mais bon ! Petite libellule avait, pour se défendre éventuellement, une vipère jaune dans le fond de sa poche.
Un après-midi, l’enfant partit seule, avec Calypso sur les talons. Alors qu’elle cueillait de la bruyère cendrée, un cerf, un sanglier et un loup vinrent papoter avec elle.
-« Pourquoi ton grand-papa ne t’a-t-il pas encore parlé des papillons, petite libellule ? » demanda le loup, en montrant ses crocs acérés.
-« Probablement n’y a-t-il pas pensé, loup ».
-« Et ta grand-maman, la jolie Osmonde ? » interrogeait, sournoisement, l’énorme sanglier.
-« Elle n’est plus de ce monde, sanglier. Son portrait est placé, dans un cadre doré, sur le vaisselier en cerisier de la maison ».
-Tu ne connais pas tout » insinuait le cerf, en ricanant et frottant ses bois sur le tronc d’un chêne centenaire.
Petite libellule, effrayée, s'apprêtait à sortir, de sa poche, la vipère jaune, mais Calypso jappa tant et tant que loup, cerf et sanglier prirent la poudre d’escampette. La brume commençant à envahir ronciers et marécages, il était l’heure de revenir à la maison.
-« Pourquoi ne me parles-tu jamais de ma grand-maman Osmonde ? » demanda, le soir à la veillée, la petite fille.
Rodolphe jeta un œil sur le portrait de sa défunte épouse et narra ce qui pesait sur son cœur douloureux.
La gentille Osmonde, qui portait le prénom d’une grande fougère, avait des longs cheveux de blés dorés, des yeux de jade, comme la couleur de l’aiguille de madame Fleur de Lilas. Elle venait de donner naissance à son fils Yannick lorsque Ortie, la sorcière de l’étang bleue, fausse comme une tique, lui proposa une promenade sur une barque vermoulue. Quand Ortie lui demanda de cueillir un nénuphar en fleur, elle ne se méfia pas, se pencha. La barque chavira. C’est du moins ce que prétendit Ortie lorsque le garde forestier retrouva Osmonde flottant, sur l’eau de l’étang, un nénuphar mauve à la main.
-« Qu’est devenue Ortie, grand-papa ? », s’inquiéta de savoir la petite libellule.
-« Le mage que nous avons croisé, avec son chapeau pointu, sa longue barbe grise, du gui sur l’épaule et son manteau couleur de forêt, prétend qu’elle a été dévorée, une nuit sans lune, par une harde de sangliers affamés. C’est ce que l’on appelle la justice immanente. Je crois que le mage était épris d’Osmonde », confia tristement Rodolphe Guéguen.
Pour que sa petite fille ne s’endorme pas avec, en tête, une aussi sombre histoire, Rodolphe la prévint de l’arrivée prochaine du solstice d’été. Une agréable surprise attendrait à cette occasion, à la clairière aux papillons, la petite libellule. Mais chut ! Il était hors de question de dévoiler, avant de dormir, le secret.
Automnale
Gérard Nicolle - La clairière aux papillons - Technique mixte sur papier
http://www.artactif.com/ombre28/index1.htm
Dans la cour de la ferme, le père Guéguen donnait à manger aux poules et aux canards, tandis que le chien pataugeait dans la mare. Muguette, la vache, attendait le moment d’aller brouter dans le champ voisin. C’était un matin comme les autres, identique à celui d’hier, pareil à celui de demain. Pourtant, les premières jonquilles annonçaient la fête du printemps, et Hyppolyte, le hérisson aux piquants roux, en quête de vers de terre pour ses petits, trottinait plus rapidement que d’habitude.
L’hiver avait encore été bien sombre. Le bois commençait à manquer car le père Guéguen, perclus de rhumatismes et de plus en plus fatigué, avait du mal à porter bûches et fagots. Avec le poids des ans, tout devenait difficile. Plus question d’aller cueillir les narcisses et de les offrir à la dame, fleurant bon la violette, sur la route des Forges. Plus question non plus, aux premières feuilles automnales, de parcourir les allées forestières, dès l’aube, à la recherche de champignons que l’aubergiste achetait à prix d’or.
Heureusement, les poules demeuraient d’excellentes pondeuses, le lait de la Muguette suffisait largement pour les soupes, et, à la belle saison, le potager fournissait des salades croquantes.
Certes, le toit de la maison laissait passer un peu la pluie et les chaises avaient besoin d’être rempaillées. La belle affaire ! Dans le lit de coin, sous le gros édredon en coton, plein de plumes douillettes, il faisait toujours aussi bon. Et la vieille pendule, avec son balancier cuivré, brillait comme un soleil. Pour le père Guéguen, la clairière aux papillons - c’était le nom du lieu-dit - représentait, d’une certaine manière, le paradis.
Le gamin, lui, avait quitté la clairière pour naviguer. Il voulait voir la mer, découvrir le monde. Il en avait assez de la Muguette, de l’odeur des foins coupés, de la soupe au lait, de la mare aux canards, même des papillons ... Embarqué à dix-huit ans, sur un cargo en partance pour la mer de Chine, il n’était plus jamais revenu. Fil de Fer, le facteur, apportait, de temps en temps, une carte postale recouverte de timbres multicolores que le père Guéguen découpait soigneusement et mettait dans une ancienne boîte de crêpes bretonnes. Il rangeait sa boîte à trésors dans l’armoire à confitures. La dernière carte postale, celle de Noël, représentant un marché aux oiseaux, venait de Shangai. Sans autres nouvelles depuis, le vieil homme passerait une fois de plus, seul, les fêtes de Pâques. C’était sans compter sans Fil de Fer qui, ce matin-là, déposa son vélo jaune contre le mur de la ferme et entra dans la grande pièce éclairée par les cuivres rutilants.
Après avoir bu sa bolée de cidre bien frais, bien fruité, avoir essuyé ses moustaches, Fil de Fer sortit de sa sacoche un pli mystérieux, qu’il remit cérémonieusement au père Guéguen. Ce dernier, ajustant ses lunettes, constata que cette lettre aux couleurs océanes avait, à l’image de la précédente, été postée à Shangai. Il la lirait tranquillement quand sonnera l’angélus car il devait, au préalable, conduire Muguette au champ, faucher l’herbe folle courant autour du puits, ramasser les pissenlits au pied du four à pain, donner les fanes de carottes aux lapins, plumer la poule noire. Et puis, en vérité, Fil de Fer n’avait pas à connaître le contenu de cette mystérieuse lettre ! Les gens de par ici avaient le sens du secret.
Lorsque la cloche de l’église du village égraina, au loin, ses douze coups de midi, le père Guéguen, après avoir affûté son couteau, découpé deux larges tranches de pain de campagne et râpé du chocolat noir, ouvrit l’enveloppe bleue qui l’attendait depuis le matin. Il lut ceci :
Monsieur, Je suis l’épouse chinoise de votre fils Yannick et je vends des oiseaux sur le marché de Shangai. Votre fils navigue toujours sur la mer de Chine. Il a insisté pour que sa petite libellule connaisse la forêt, les fées, les korrigans, les légendes et la clairière aux papillons. J’ai donc décidé de vous la confier. Elle arrivera, à la clairière aux papillons, le jour de Pâques et sera accompagnée de madame Fleur de Lilas. Prenez bien soin, monsieur, de la petite libellule.
Le père Guéguen, ne comprenant pas très bien cette histoire de libellule, relut la missive bleue. C’était bien une idée de Chinois que celle de vouloir montrer un pays de légendes à un insecte aux yeux globuleux ! Il était inutile, pour si peu, de déranger cette madame Fleur de Lilas. Des libellules, il y en avait, l’été, sur les étangs du château et de l’abbaye. Elles batifolaient, depuis la nuit des temps, sur des nénuphars en larmes.
Mais certains habitants de Shangai ayant coutume de promener des oiseaux en cage, il ne fallait probablement pas s’étonner de voir débarquer, sur les terres des farfadets, une libellule née sur les bords du Yang-Tseu-Kiang. Le père Guéguen haussa les épaules, bougonna, découpa les timbres de l’enveloppe bleue et continua son repas.
L’après-midi de Pâques, alors que, dans les jardins et dans les champs, les enfants cherchaient les œufs traditionnels en chocolat, Hyppolyte, le hérisson aux piquants roux, aperçut, au carrefour des quatre vents, le fiacre du marquis de Riquiqui. Hyppolyte pressentit que l’attelage se dirigeait vers la clairière aux papillons. Ne voulant rien perdre de l’évènement, il camoufla, vite fait bien fait, ses aiguilles et courut aussi vite que possible.
Le père Guéguen, qui venait de piquer du nez à l'abri du massif d’hortensias en boutons, fut réveillé, en sursaut, par la voix du marquis de Riquiqui, avec lequel il avait usé le fond de ses pantalons sur les bancs de l’école.
- « Alors, Rodolphe ! Tu roupilles un jour comme celui-là ? ».
- « Qu’a-t-il donc de particulier ce jour-là, marquis ? Tu ne crois quand même pas que je vais changer mes habitudes ! ».
A peine avait-il terminé sa phrase que Rodolphe Guéguen vit descendre du fiacre une dame Chinoise un peu boulotte, terriblement myope, avec des aiguilles à tricoter plantées dans son gros chignon brun, ainsi qu’une petite fille très fine, aux yeux délicieusement bridés, tenant dans sa main une boîte en bambou. Le marquis sortit du coffre une malle en bois de palissandre et une cage dorée, ronde, contenant un bengali rouge apeuré.
- « Guéguen, je te présente madame Fleur de Lilas, personnalité éminente de la ville de Shangai, qui, pendant toute la durée de son séjour, s’installera au château ».
Madame Fleur de Lilas minaudait, s’exprimait en mandarin, faisait moult et moult révérences, au grand étonnement des poules et des canards. A la dixième courbette, une aiguille, couleur jade, tomba du lourd chignon. Calypso, l’épagneul, se précipita et alla calfeutrer dans la lande, au milieu des ajoncs en fleurs, l’objet insolite. La petite fille aux yeux bridés riait, pendant que son accompagnatrice prononçait des mots étranges.
-« Madame Fleur de Lilas te dit que cette malle est pour toi, Guéguen. Tu trouveras, à l’intérieur, du thé, du saké, des cerfs-volants, des boîtes à grillons, des lotus mauves, du riz, des baguettes, des kimonos de soie, des ombrelles, quelques éventails, des chapeaux et autres chinoiseries », précisa le marquis de Riquiqui.
Le père Guéguen n’entendait pas, n’entendait plus rien. Il regardait fixement cette drôle de petite fille qui, gentiment, protégeait son grillon et son bengali rouge. De toute sa vie, il n’avait vu d’enfant, ni de grillon, ni d’oiseau chinois. Fort heureusement, tout cette ménagerie allait, pensait-il, repartir comme elle était venue.
-« Où est la libellule ? », demanda-t-il soudain, comme s’il sortait d’un songe.
Automnale
Image : Raoul Burdet
http://raoulburdet.fr/archives/category/galerie
Le lendemain, la petite souris arriva, émoustillée, au sommet du pin parasol. Il bruinait sur la lande et dans le cœur du chat.
La petite souris posa, sur une branche, son sac de voyage et défit son manteau de pluie. Elle approcha son nez, pointu, des moustaches de Chiribi. Cela faisait longtemps - depuis le départ de sa maîtresse - que le chat n’avait reçu une marque de tendresse. C’est agréable, pour un chat, de sentir, sur son pelage, le museau frais d’une petite souris.
- « Laisse donc ton sac de voyage, petite souris, et allons, jusqu’à l’ornière, voir si la Pépette est réveillée ». Ce qu’ils firent, patte dessus, patte dessous.
La brume recouvrait tant et tant la lande qu’ils ne retrouvèrent plus l’ornière. C’est à peine, d’ailleurs, s’ils remarquèrent une bande de korrigans, hilares, partant à la pêche aux bigorneaux. Mais les korrigans, bienveillants et habitués aux brumes cotonneuses, leur indiquèrent la direction de l’ornière. - « Il ne reste plus grand-chose » précisa, d’un air malicieux, le chef de bande.
En effet, Chiribi et la petite souris trouvèrent, dans le creux du chemin, le balai de Pépette et ses ongles longs comme cou de girafe. Ils tremblèrent d’effroi. Aurait-elle été dévorée, sous la lune, par un vautour ? - « Oh ! Lala, Chiribi, qu’avons-nous fait ? Oh ! Lala, misère de misère, nous sommes des assassins, Chiribi, faut pas croire, des assassins ».
- « Mais non, mais non », les rassura le chef des korrigans. « Il s’est passé, sous les étoiles, quelque chose d’inhabituel. Allez donc vers la maison de la lande et vous verrez ce que vous verrez ».
Ils coururent, vite fait bien fait, vers la chaumière aux volets pastel. Quelle ne fut pas leur surprise d’y voir une ravissante jeune femme brune avec des yeux émeraude du plus bel effet.
Elle demandait au poète qui, d’émoi, faisait tomber sa plume d’oie, où elle pourrait trouver le chat Chiribi. La voix de la jeune femme était plus douce que le chant d’un rossignol, plus douce que le poil d’une souris sortant d’un bain à la menthe sauvage.
- « Mais entrez donc, charmante inconnue, vous êtes la bienvenue dans la maison de la lande », bredouilla le poète.
C’est alors que Chiribi miaula. Les yeux noisette du poète, ceux émeraude de la jolie dame et ceux charbon de la petite souris se dirigèrent vers le félin.
- « Te voilà, mon Chiribi d’amour », dit la belle inconnue. « Et toi, adorable petite souris, tu es là aussi. Venez, mes porte-bonheur, sur les genoux de Pép…, de Sarah, puisque tel est mon nouveau prénom. Merci de m’avoir fait ingurgiter la potion magique. Un farfadet vous a vus, tandis que je dormais, vider, dans ma bouche, le contenu des fioles ».
Chiribi et la souris restaient interloqués. La vilaine sorcière aurait donc été métamorphosée en une séduisante jeune femme à la peau abricot, au regard enjôleur et aux petits seins de nonne se devinant sous un imperméable anglais ? La queue du chat ne se balançait pas car un chat sait, si nécessaire, garder son flegme. En revanche, la queue de la souris imitait l’essuie-glace car ce genre de petite bête, c’est bien connu, gère difficilement ses émotions. Le poète, lui, restait bouche bée, comme s’il avait reçu un coup de massue sur la tête. La corne de brume pouvait gémir à fendre l’âme, personne ne l’entendait. Le vent pouvait toujours souffler dans les haubans et dans les épuisettes des korrigans !
- « Zut ! », dit la petite souris, rompant le charme. - « J’ai oublié, sur le pin parasol, mon sac de voyage. Or, le doris myosotis part demain, aux aurores, au phare des souris ».
- Je vais aller chercher ton sac, petite souris. Reste bien au chaud à la maison, tu es si petite, si fragile », susurra, en s’éloignant, la jolie dame.
Le poète, sans muse depuis la dernière marée d’équinoxe, suivit l’inconnue. Ce qui fit que Chiribi et la petite souris restèrent seuls, confortablement installés sur un rocking-chair, à regarder les flammes chaloupant dans la cheminée.
Lorsqu’il est question d’amour, un chat utilise les mêmes mots, effectue les mêmes gestes qu’un poète épris d’une muse.
Au retour de leur balade sentimentale, Sarah et le poète remirent, à la petite souris, son sac de voyage.
Le chat semblait encore plus triste que d’habitude. La douce dame brune, quant à elle, ôta son imperméable anglais et coupa la longue barbe de son barde. Elle déposa, sur son mouchoir écossais, un soupçon d’eau de fougère et l’habilla tel un corsaire, ou comme une souris grise, puisque l’un et l’autre portent souvent un foulard rouge autour du cou.
- « Chat, tu es malheureux parce que ta souris prendra, aux aurores, la mer », déclara le poète. - « Si tu le veux, nous pourrions l’accompagner et fêter Noël, tous ensemble, dans le phare des souris ».
Le chat, forcément, donna son assentiment, la vie ne permettant pas, tous les jours, de voyager sur un doris myosotis, ni de fêter Noël dans un phare planté au milieu de la mer.
Ce qui fut dit fut exécuté. Et les korrigans, revenus de leur pêche aux bigorneaux, purent voir, bien au-delà de la jetée, un doris myosotis se balançant hardiment sur les flots tumultueux. Un poète et son égérie, sous un grand ciré d’or, se tenaient tendrement par la main, tandis qu’un matou, au pelage roux et brillant, protégeait une délicieuse et amoureuse petite souris portant un foulard rouge autour du cou.
Sous les embruns et poussé par les alizés, l’équipage arriva aux abords de l’îlot. Dans les escaliers du phare, attendaient trois exquises petites souris grises. La première portait une vareuse de pêcheur, la deuxième des anneaux de gitane sur ses drôles d’oreilles, et la troisième, sur le haut de son museau, un bonnet de korrigan. Elles fredonnaient, en chœur, des chansons de marins aux paroles un peu salées.
La nuit de Noël, un merveilleux bateau de lumières, portant pavillon rouge et blanc, fit escale auprès du phare. Ainsi que l’avait narré la souris, les goélands sifflaient des mélodies d’anges, les cormorans chantaient à la manière des santons de Provence et les mouettes répétaient, inlassablement, les cantiques de la messe de minuit. Des barges rousses orchestraient.
Nul, cependant, ne vit le Père Noël, toujours aussi discret, dans la houle parsemée de moutons. Pour manifester son passage, il laissa tomber, dans l’écume des vagues, quelques morceaux de son épaisse barbe blanche.
Automnale
Chris Laure
Dessin et photo-montage assistés par ordinateur
http://www.chrislaure.book.fr/
La sorcière ne trouva rien de mieux que de s’asseoir à côté de Chiribi, se moquant de la voix de crécelle de la petite souris, ainsi que de la queue du chat qui se balançait. Elle prit même part à la conversation.
- « Et dans une maison de garde-barrière, bougres d’animaux à poils, savez-vous comment arrive le bonhomme Noël ? ».
- « Mais il n’y a pas de garde-barrière dans les îles, madame la sorcière », répliqua la petite souris.
- Espèce de greluche de souris, il n’y a pas que des îles. Existe le continent, avec des champs d’herbes folles, des coquelicots au milieu des blés, des bottes de foin enivrant, des vaches paisibles, des boutons d’or et des marguerites, des trains couleur de chardons ou de coquillages filant à la vitesse des trimarans, des michelines, des tortillards ».
- « Comme le train qui transporte, l’été, les êtres humains sur le port ? », interrogea le chat.
- « Mais non, bougre de matou, le train de l’été véhicule uniquement les doryphores et non des voyageurs ».
- « Les doryphores ? », s’enhardit la petite souris grise.
- « Des touristes, si tu préfères, valetaille de souris. Alors, je continue ?".
- « Oh ! Oui, madame la sorcière », répondit, d’une voix suave, le chat.
- « A chaque passage à niveau, là où musardent alouettes, lézards, coccinelles et souris, un train à vapeur, faisant tichifou, tichifou, tichifou, s’arrête devant la maison du garde-barrière. Le Père Noël descendu du train, silencieux et dissimulé par un épais nuage de fumée noire, dépose alors des graines pour les alouettes, des rayons de soleil pour les lézards, des petits pois pour les coccinelles. Et même un drapeau rouge pour le garde-barrière ».
- « Et pour les souris ? » s’inquiéta, en mordillant le balai de la sorcière, la petite souris grise.
- « Du fromage, ma belle, toutes sortes de fromages, du reblochon de Savoie, du camembert de Normandie, des crottins du Berry. Tout dépend de la région où s’arrête le train. Les souris, c’est bien connu, adorent grignoter. D’ailleurs, voilà bien tout ce que savent faire ces péronnelles ».
Sur ce dernier mot, que chat et souris n’avaient entendu de leur vie, la sorcière se leva, serra plus fort les pattes du lièvre, fit, en soulevant son long jupon grisâtre, une révérence, puis, avec sa bouche tordue, une horrible grimace.
La lune étincelait lorsque Chiribi regagna la maison de la lande et son poète hirsute mâchouillant le manche de sa plume d’oie. - « Le Père Noël offre-t-il des cadeaux à un poète solitaire et à un chat de poète ? », se demandait-il en mangeant, du bout des lèvres, deux ou trois croquettes au goût aigrelet de cabillaud. Et puis, il repensa à la petite souris. - « Faut pas croire, chat, ici, dans l’île, je séjourne au Grand Hôtel. Dans les cuisines, je me régale, chat. Je me régale », minaudait-elle.
Ils s’étaient séparés en se promettant de se revoir, le lendemain, au sommet du pin parasol, trompant ainsi, du moins l’espéraient-ils, la curiosité de la sorcière. Mais les sorcières sont tenaces et s’ennuient, les après-midi de plein hiver, dans la lande bretonne. Celle-ci n’eut de cesse, en effet, que de retrouver Chiribi et sa souris qui, dans la brume et le froid, se racontaient les beaux noëls d’antan.
Chiribi évoquait sa maîtresse disparue, à qui le Père Noël apportait des colliers de glycines, des boubous africains, des lampions, des bulles de savon, des ballons, des talismans, des galets blancs, des boules neigeuses, des bouquets de houx, des crayons de couleurs. La petite souris, quant à elle, évoquait le gardien de phare aux yeux d’améthyste. Que de bons réveillons dans le phare des souris, que de magnifiques sapins recouverts de guirlandes argentées ! Tandis que le gardien nichait sa vieille bouffarde sur une oreille, puis fermait ses améthystes, la famille souris savourait le foie gras, d’oie s’il vous plaît, la poularde farcie aux marrons et la bûche au chocolat.
- « C’est bizarre que tu ne sois pas plus grosse avec tout ce que tu avales, ma petite souris grise », réfléchissait, à voix haute, le chat.
- « Je fais attention à ma ligne, chat, faut pas croire. Et puis, tu sais, le reste de l’année, nous devons nous contenter des arêtes de maquereaux ou de sardines car les rats, ceux dont je te parlais, raflent tout. C’est la raison pour laquelle je viens visiter ton île. Nous pourrions nous y installer, mes trois petits mammifères et moi-même. Ton île me plaît bien, chat, faut pas croire ».
- « Cela te tenterait, souris, de venir vivre, avec un poète taciturne, dans la maison de la lande ? ».
A peine le chat avait-il posé cette question, particulièrement osée, que la sorcière, d’une humeur massacrante et faisant des enjambées de géante, les vit.
- « Espèces de mauviettes, de nains de jardins, je vous cherchais partout. Je voulais que vous testiez cette potion, de ma fabrication, composée d’une crotte de lapin, d’une amanite tue-mouches, d’un os de seiche, d’un bout de langue de méduse, d’eau de mer mazoutée et d’un marron brûlé. Accrochez-vous à mon balai et buvez un coup ».
- « Oh ! Non, non, non, pitié, madame la sorcière, supplièrent, en tremblant, Chiribi et la petite souris grise ».
- « Mais, espèces d’animaux à quatre pattes, de freluquets, de cornichons sucrés, il s’agit d’une potion-surprise susceptible de vous métamorphoser en grenouilles ou en crapauds, en abeilles ou en coqs ».
- « Oh ! Non, non, non, pitié, madame la sorcière, nous ne voulons pas être métamorphosés », répétaient-ils en duo.
- « Vous ingurgiterez ce philtre de gré ou de force, poltrons de bestioles, sous-fifres de quadrupèdes, énergumènes poilus ».
- « Testez-le vous-même, madame la sorcière », suggéra le chat, rassuré par la présence de la petite souris.
Bien sûr, beaucoup d’animaux de la lande aimeraient être métamorphosés. Mais Chiribi et la petite souris n’avaient aucune confiance dans les philtres de Pépette (c’était le prénom de la sorcière). Ils avaient tellement la frousse de devenir vers de terre, limaces, serpents, poux ou hiboux.
Leur vint une idée de génie. Ils firent courir Pépette derrière eux, d’un bout à l’autre de la lande. Lorsqu’elle approchait ses ongles, longs comme le cou des girafes, de l’un d’eux, ils pirouettaient et traversaient, à la vitesse d’une fusée, bruyères et ajoncs. A l’heure où le soleil ressembla à une orange, Pépette, sur son balai, commença à devenir écarlate, à s’essouffler. N’en pouvant plus, elle s’allongea dans une ornière et s’endormit.
Pendant le profond sommeil de Pépette, Chiribi et la petite souris grise se débrouillèrent pour lui faire boire sa potion magique. Ils ne lésinèrent pas sur la quantité du breuvage. Ensuite, ils prirent plaisir à admirer, tranquillement, le somptueux coucher de soleil miroitant sur la mer.
Avant de prendre la poudre d’escampette, le chat se permit d’effleurer la robe, gris souris, de sa nouvelle amie. Celle-ci, coquette, se laissa faire.
Ils se donnèrent rendez-vous, le lendemain matin, au sommet du pin parasol, se souhaitèrent, mutuellement, de faire de beaux rêves et cavalèrent, chacun de leur côté, qui vers la maison de la lande, qui vers les cuisines du Grand Hôtel.
Automnale
Marie-Blanche Droit - Gaspard - Aquarelle
http://dilaurus.org/Mbdexpo/index.htm
Le chat vivait sur une île bleue, dans une chaumière avec des volets aux couleurs océanes. Nous l’appelions « la maison de la lande ». Au printemps, le chat gambadait dans les ajoncs aux teintes de tournesols et parmi les bruyères en fleurs. Dès le coucher du soleil, il revenait dans ses paniers, sur ses coussins moelleux, harassé de sa journée mais tellement heureux. Il lapait son lait, mangeait ses croquettes, se faisait caresser par les êtres humains et dormait, comme un bienheureux, jusqu’au lendemain matin. Il ronflait un peu.
Le chat, que sa maîtresse avait baptisé « Chiribi », était roux. Comme Poil de carotte, le fermier du village, et comme Tititte, la poule de la métairie de la Gibet, qui pondait des œufs multicolores. Mais roux, également, il faut bien l’avouer, comme les cheveux de la sorcière, celle qui confectionnait des potions magiques et faisait des grimaces pour effrayer, au clair de lune, farfadets et korrigans.
Or, la maîtresse du chat partit pour un très lointain voyage et abandonna Chiribi. Elle embarqua sur un bateau rouillé, tanguant dans les vagues grises, sur lequel on ne trouvait ni bouée, ni canot de sauvetage. Lorsque le vent se leva, que la tempête se déchaîna, que le bateau coula, une sirène retentit sur les ajoncs et les bruyères en fleurs. Chiribi comprit, alors, qu’il ne reverrait plus jamais sa maîtresse. Plus jamais.
Il était triste, si triste. Qui lui donnerait son lait à laper ? Qui lui donnerait ses croquettes et un morceau de banane ou de gâteau aux figues ? Qui le caresserait dans le sens du poil, le cajolerait, secouerait ses coussins ?
Le chat restait seul au monde. Il n’entendrait plus de rires dans la maison de la lande, plus de mots d’amour, plus de sonatines sur le vieux piano.
Le chat souffrait. Le chat pleurait. Oh ! Il fallait le savoir, mais Poil de carotte, le fermier du village, voyait bien, lorsqu’il partait dans sa carriole d’un autre siècle tirée par Bijou, le cheval borgne, les larmes couler sur les moustaches de Chiribi. Et la sorcière, lorsqu’elle partait ramasser du petit bois pour faire chauffer ses philtres étranges, imaginait bien, du coin de son œil jaunâtre, le cœur lourd du chat. Une sorcière imagine toujours les cœurs lourds et, parfois, s’en réjouit.
La vie s’organisa. Il le fallait bien. La maison fut vendue à un poète hirsute, à la barbe longue comme la langue de l’épagneul, assoiffé, du notaire. Le notaire, justement, demanda au poète de nourrir le chat. C’est gentil un poète et cela ne fait pas de bruit. Juste le grincement, qui résonne dans la nuit, de sa plume d’oie sur le papier.
Ce poète-ci avait particulièrement la tête en l’air ! Il ne secouait pas les coussins du chat qui, allergique à la poussière, éternuait plus souvent qu’à son tour. En outre, le lait étant souvent caillé, Chiribi se contentait juste de mettre sa truffe dans l’écuelle et de renifler la potion. Cette odeur lui donnant la nausée, il vomissait sur l’écritoire du poète qui, alors, le chassait de la maison en lui donnant des coups de chaussettes, trouées comme du gruyère, sur la queue. Pauvre Chiribi !
Un jour d’hiver, dans la lande, il croisa une petite souris grise, avec un foulard rouge noué autour de son cou fragile. Elle ne semblait pas apeurée, contrairement aux grillons, sauterelles et papillons du champ du moulin. Ils se regardèrent comme chat et souris. La petite souris grise fut séduite par les yeux de jade de Chiribi. - « J’adore ces yeux-là » dit-elle, avec sa toute petite voix de souris, au chat qui, de contentement, se rengorgea.
Pour que la petite souris vienne plus près de lui, le chat ronronna pour elle seule. C’était sa façon, à lui, de faire la cour aux souris et aux autres animaux du sexe prétendu faible.
En vérité, Chiribi ne connaissait pas tellement bien les souris. Il était déjà tombé amoureux de deux petites chattes, de salon et de gouttière. La première portait un collier avec des clochettes en or tintant comme les clarines des vaches montagnardes, et la seconde avait des pattes fines comme des fils de fer. La chatte de salon embaumait le parfum irrésistible des fleurs de dunes. La chatte de gouttière fleurait toujours bons l’algue brune dans laquelle elle se roulait à chaque marée basse.
Souvent, des drôles de lapines s’intéressaient à lui, mais sachant que, en mer, elles ne portaient pas bonheur, il les narguait, les snobait. Une dame hérisson avait même camouflé, pour lui, ses aiguilles d’acupuncteur. Mais Chiribi, fier de son succès, voulait rester libre comme l’air, célibataire. Si bon lui plaisait, il voulait batifoler dans les garennes, sur les grèves, dans les chemins bordés de genêts ou parmi les oyats. Chacun le sait, il est bien difficile de modifier le caractère d’un chat.
La petite souris, téméraire, s’y risqua. Bien que fort réservée, elle lui parla d’elle, de sa vie. - « Ce n’est pas parce que je suis petite que je n’ai pas roulé ma bosse, faut pas croire ». Car elle utilisait fréquemment l’expression « faut pas croire ».
- « D’où viens-tu donc, petite souris ? », demanda le chat, charmeur.
La petite souris raconta qu’elle venait d’un îlot où le vent soufflait tellement que les nuages passaient, dans le ciel, plus vite que les cerfs-volants. Elle narra que, sur cet îlot, de gros rats dansaient au rythme des binious et des cornemuses. Puis elle confia qu’elle avait laissé, dans un phare au milieu de la mer, trois petites souris, aussi grises qu’elle. A Noël, elle embarquerait, sur un doris myosotis, pour aller les rejoindre.
- « Petite souris, tu ne vas pas me faire croire que le Père Noël peut venir, en traîneau tiré par des rennes, déposer ses cadeaux dans un phare planté au milieu de l’océan ? ».
- « Chat, le Père Noël n’utilise un traîneau, pour transporter sa lourde hotte remplie de paquets de toutes les couleurs, avec des bolducs frisés, que pour les marmottes, chamois, oursons qui vivent dans la neige et marchent sur des raquettes ».
- « Alors, petite souris, explique-moi comment fait le Père Noël pour naviguer de phare en phare ? ».
- « Eh bien, chat, la nuit de Noël, il navigue sur un merveilleux bateau de lumières, portant pavillon rouge et blanc. Les goélands, qui l’accompagnent, sifflent des mélodies d’anges, les cormorans fredonnent à la manière des santons de Provence, et les mouettes, sortant tout juste de la messe de minuit, répètent inlassablement les cantiques qu’elles viennent d’entendre ».
Le chat et la petite souris avaient beaucoup de choses à apprendre l’un de l’autre. Mais la sorcière, avec ses grands jupons balayant la poussière, ses yeux de balles de ping-pong et un lièvre, qu’elle tenait par les pattes, passait et repassait devant eux pour le simple plaisir de les effrayer. Elle ricanait jaune, la sorcière. Mais pouvait-elle faire autrement puisque le fond de son regard et l’émail de ses deux dents avaient la teinte d’un vieux citron ?
Automnale