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Date de création : 24.01.2011
Dernière mise à jour :
21.05.2013
545articles
Maurice Utrillo - Le café de la Tourelle, 1911
Quand je t'attendais, dans ce bar,
La nuit, parmi des buveurs ivres
Qui ricanaient pour avoir l'air de rire,
Il me semblait que tu arrivais tard
Et que quelqu'un te suivait dans la rue.
Je te voyais te retourner avant d'entrer.
Tu avais peur. Tu refermais la porte.
Et ton ombre restait dehors :
C'était elle qui te suivait.
Ton ombre est toujours dans la rue
Près du bar où je t'ai si souvent attendue,
Mais tu es morte
Et ton ombre, depuis, est toujours à la porte.
Quand je m'en vais, c'est à présent moi qu'elle suit
Craintivement, comme une bête.
Si je m'arrête, elle s'arrête.
Si je lui parle, elle s'enfuit.
Francis Carco
Alfred Sisley - Village de Voisins, 1874
Huile sur toile - 38 X 46,5 cms
Musée d'Orsay, Paris
Photographie : MM - La pêche à l'écrevisse
http://www.critiquephoto.com/galerie.php?pseudo_auteur=MM
Incertitudes, ô mes délices,
Vous et moi, nous nous en allons
Comme s'en vont les écrevisses,
A reculons, à reculons...
Guillaume Apollinaire
Photographie : Tatiana
Les petits ruisseaux
font les grandes rivières...
http://www.ac-grenoble.fr/patrimoine-education/repertoire/montceau.htm
VOUS ETES, ICI, SUR LA PLAGE DE GONTIER !
Nous savons déjà que Gontier attache de l’importance à l’orthographe et apprécie certaines poésies de Paul Fort. Elle aime les gens originaux, voire fous, ainsi que, entre autres, les œuvres de Voltaire et d’Alphonse Allais, les chansons de Georges Brassens et de Léo Ferré.
Il me semble que Gontier a des choses à nous raconter, à nous apprendre. Nous lui offrons donc cette page. Cette plage.
Compte tenu de la technique informatique - qui est son fort ! - et des possibilités offertes par Center Blog, elle ne pourra communiquer que par le biais des commentaires. Mais si j’éprouve un coup de cœur particulier pour une de ses publications, si celle-ci correspond à la ligne éditoriale des escapades, elle figurera à la Une.
Quant aux habitués de ce blog, ou aux passagers, ils sont vivement invités, bien sûr, à faire savoir à Gontier ce qu’ils pensent de ses propositions d'articles, de textes, chansons, poésies ou, sait-on jamais, de ses élucubrations.
Automnale
P.S. - Ah ! Oui, si quelqu’un d’autre souhaite une page à son nom, qu’il me le dise.
Eugène Delacroix - George Sand et Frédéric Chopin
1836 – La rencontre
En cet automne 1836, il a fallu que Liszt, leur ami commun, insiste longtemps pour que Chopin participe chez Marie d’Agoult à une de leurs habituelles soirées musicales.
Charlotte Marliani, l’épouse du consul d’Espagne en France, habituée du salon de Marie, est sans doute une de ces nombreuses personnes qui ont déjà parlé à George Sand du talent exceptionnel du jeune exilé polonais.
… « On le traitait en prince »…
A trente-deux ans, la romancière se croit apte à vivre avec des hommes « sans penser qu’elle est femme » et se trouve « confuse et consternée » d’être immédiatement attirée par le musicien. Elle remarque les belles mains aux doigts effilés, la minceur, l’élégance, la fragilité émouvante, le visage tourmenté de celui dont Liszt dit : « la finesse et la transparence de son teint séduisaient l’œil ; ses cheveux blonds étaient soyeux, son nez légèrement recourbé, ses allures distinguées et ses manières marquées de tant d’aristocratie qu’involontairement on le traitait en prince ». Lui-même écrit avec une certaine lucidité : « si j’étais plus sot que je ne suis, je me croirais à l’apogée de ma carrière », tant il est adulé et recherché dans tous les salons pour sa virtuosité de pianiste, son talent à improviser et sa conversation d’homme raffiné et spirituel.
De Pologne, ses parents suivent l’évolution de ses succès, s’inquiétant toutefois de la santé de leur enfant qu’ils savent fragile. Ayant déjà perdu une de leurs filles, ils sont anxieux à l’idée que leur Frycek puisse prendre froid au cours de ces longues soirées mondaines. Mais si son père lui conseille, comme toujours de « garder une poire pour la soif », il se montre heureux qu’il ait fait « de nouvelles connaissances parmi les personnes distinguées ». « Les magnifiques comtesses » et « les délicieuses marquises » se disputent les leçons de ce pédagogue exigeant aux colères pourtant bien connues. C’est le professeur le plus cher de la capitale et il peut mener grand train sans être obligé de donner ces concerts pour lesquels il a déjà tant de répugnance.
Improviser pour un petit cercle d’amis lui conviendra toujours mieux que de se produire dans le large public qui l’avait applaudi dans son pays et avait fait sa renommée dans plusieurs capitales étrangères. Il a été salué en virtuose à Berlin, Vienne, Munich ou Aix-la-Chapelle à l’époque où il arrive à Paris. Ce 11 septembre 1831, il est encore bouleversé par la nouvelle apprise à Stuttgart : Varsovie, la ville qu’il a quittée voici un an après un dernier concert, est tombée aux mains des troupes du Tsar et il sait qu’il n’y retournera jamais.
… « Très belle quoique pas à première vue »… Musset
Avant sa rencontre avec George Sand, Chopin est déjà riche d’une œuvre importante puisqu’on connaît plusieurs de ses Polonaises et Mazurkas, des Valses, deux Concertos et des Impromptus, des Nocturnes et les vingt-quatre Etudes dont Liszt fut l’inoubliable interprète.
Quant à George Sand, son nom est fameux depuis la parution d’Indiana où elle évoque la frustration des femmes dans leurs rapports avec les hommes, maris et amants, de Valentine et surtout de Lélia en juillet 1833.
Ce roman, plus qu’un livre, est un « cri de douleur » contenant « tout excepté du calme » ; il a fait grand bruit dans les cercles littéraires. S’il est admiré par certains, comme Chateaubriand et Musset, d’autres le trouvent infâme, et Capo de Feuillide, dans l’Europe Littéraire, donnait ce conseil : « Le jour où vous ouvrirez Lélia, renfermez-vous dans votre cabinet pour ne contaminer personne ».
George Sand, qui s’était déclarée elle-même enfin libre après la récente conclusion de sa séparation d’avec Casimir Dudevant en juillet 1836, est donc, en même temps qu’un écrivain reconnu, une femme indépendante, assez célèbre pour s’affirmer socialement et commencer à réaliser ce que Joseph Barry nommera « le scandale de la liberté ».
Chopin la trouve immédiatement antipathique tant elle est différente, jusque dans sa réserve, des jeunes aristocrates, ses élèves. Il ne retrouve en elle aucun des traits de Constance Gladkowska, l’idéal de ses vingt ans, qui avait chanté à l’un de ses concerts « habillée tout de blanc, la tête couronnée de roses ». Même si ce soir-là George Sand a abandonné le costume masculin qu’elle porte souvent et son habituel cigare, elle n’a rien non plus de commun avec la petite comtesse Maria Wodzinska qui vient de rompre ses fiançailles avec Chopin pour plaire à ses parents. Aurore devenue George Sand, est pourtant belle avec sa peau mate et son épaisse chevelure sombre, ses yeux de velours noir « formés comme les yeux modèles des mystiques et des plus magnifiques têtes italiennes », d’après Alfred de Vigny. « Très belle quoique pas à première vue », avait dit Alfred de Musset au fameux dîner qui préluda, en juin 1833, à leur orageuse liaison.
Mais peut-être est-elle, là encore, « embarrassée et silencieuse » comme l’avait noté Sainte-Beuve après qu’elle l’eut prié de lui « amener Dumas » en lui précisant : « venez avec lui la première fois car ces premières fois me sont toujours fatales ».
Il se trouve justement qu’après cette soirée chez Marie d’Agoult, Chopin écrit à ses parents qu’il a fait la connaissance « d’une grande célébrité : Madame Dudevant », ajoutant : « son visage ne m’est pas sympathique et ne m’a pas plu du tout. Il y a même en elle quelque chose qui m’éloigne ».
Un peu plus tard, une lettre datée du 13 décembre de la même année indique, sans autre commentaire : « Je reçois aujourd’hui quelques personnes, entre autres Madame Sand ».
1837/1838 - Les liens
Entre ces deux êtres que Madame d’Agoult jugeait « antipodiques », les liens furent ainsi longs à se nouer et il y eut toute une période où furent dits « beaucoup de oui, de non, de si, de mais ». Ils se virent fréquemment dans des réceptions intimes, soit chez le musicien, soit dans les salons, bien avant ce mois de mai 1838 où, dans les tête-à-tête, ils s’étaient « livrés au vent qui passait » et qui les avait « emportés tous deux dans une autre région pour quelques instants ».
George Sand ignore encore la rupture des fiançailles de Marie Wodzinska et de Chopin qui, de son côté, semble craindre « le dernier embrassement de l’amour » mais avoue que son cœur est pris.
En février Liszt confie à Marie d’Agoult le désir de leur ami d’aller à Nohant : « il en parle toujours ». Chopin avait fini par ressentir le désir, la curiosité, de répondre aux invitations que cette femme attachante lui adressait indirectement dans sa correspondance avec Marie.
Elle les répétera par un appel prudent dans sa lettre à l’ami Albert Grzymala de mai 1838 ; lettre fameuse où en quelque quatre mille mots, elle parle de leur «petit » qui « viendra s’il veut » à Nohant.
A ce moment, si elle s’interroge encore sur Chopin, elle ose nommer « amour » le trouble ressenti lors de leur première rencontre. Elle est pour l’instant fidèle à son compagnon, Félicien Mallefille, venu voici plus d’un an à Nohant comme précepteur de Maurice.
Mais elle est obligée de lui cacher sa nouvelle indifférence, suivant ainsi l’exemple des autres femmes qu’elle a tant blâmées. Elle peine à supporter les caresses de celui qu’elle dit aimer calmement, comme un « mari », alors qu’elle attend de son « ange » qu’il ne craigne plus, par « certains faits », de gâter leur amour.
Etaient-ils déjà amants lorsque Delacroix, pendant l’été de 1838, commença la célèbre toile qui réunit si fortement le maître au piano et la jeune femme comme envoûtée par la musique ?
Sylvie Delaigue-Moins
« Chopin chez George Sand - Sept étés à Nohant"
Editeur Christian Pirot
Lorsque je lis votre lettre, vos confidences,
Vos mots bleus, vos aveux,
Vos mots de troubadour,
Je pense, malgré moi, à notre ultime danse,
Lorsque vous me direz :
"Arrêtons, mon amour".
Vos serments, vos émois, vous me les destinez,
Votre plume d'argent
Se noie de sentiments,
Coule, tel un ruisseau, l'encre de vos étés
Avant l'assèchement
Par le buvard du temps.
Vous esquissez, pour nous, une tendre romance,
Et votre clef de songes
Brille de vifs éclats,
Retentit, sur nos vies, un grelot d'espérance.
N'entendez-vous donc pas,
Là-bas, sonner le glas ?
Monsieur, votre talent vous donne certains droits,
Celui de me charmer
Et de m'accaparer,
Mais je ne suis pas dupe, les petits feux de bois
S'éteignent aussi vite
Qu'ils se sont embrasés.
Vos jolies fariboles réchaufferont demain
Nouvelle égérie
Que vous envoûterez,
Vous lui griffonnerez bluettes et refrains,
Puis vous déposerez,
Sur sa main, un baiser.
Votre prose m'émeut car vous croyez en nous,
Vos accents passionnés
Vibrent dans l'encrier,
- J'imagine, Monsieur, que vous êtes à genoux -
Les roses de Ronsard,
Vous vous les octroyez.
Lorsque je lis votre lettre, vos confidences,
Vos mots bleus, vos aveux,
Vos mots de troubadour,
Je pense, malgré moi, à notre ultime danse,
Lorsque vous me direz :
"Arrêtons, mon amour".
Automnale
Composition musicale : Jean-Marie Djibedjian
Interprétation : Sosso
Photographie : Renaud Laffontas
http://www.flickr.com/photos/renaud-laffontas/with/6312715262/#photo_6312715262
Sur la chaise, une robe
Rouge,
Sur la vitre, les arbres d'octobre
Bougent.
Comme au cinéma, le décor
Ressemble au drame que l'on joue,
Une couleur vient sur ton corps,
Le jour se lève sur ta joue.
Je te regarde endormie,
Comme il fait beau sur toi,
Qui ne veux plus être à moi,
Ma femme, mon ennemie.
Hôtel des Voyageurs,
Chambre cent treize,
Vue sur jardin,
Et tous les soirs, monsieur Machin
Nous joue sa Polonaise.
Hôtel des Voyageurs,
Pour t'attendrir,
Cela t'a fait rire,
Comme nos amours, les fleurs du mur
Ont perdu leur doré.
Le vent jette une abeille
Morte.
Je voudrais que le vent de la veille
Sorte,
Qui a laissé dans cette chambre
Des mots qui n'allaient plus ensemble.
Au cinéma, quand sont doublés
Des amants dans un champ de blé,
Ils sont aussi ridicules
Que nous sous la pendule,
Lorsque je t'ai demandé
De ne pas m'abandonner.
Hôtel des Voyageurs,
Chambre cent treize,
Vue sur jardin,
Et tous les soirs, monsieur Machin
Nous joue sa Polonaise.
Hôtel des Voyageurs,
Pour t'attendrir,
Cela t'a fait rire,
Ce sont nos dernières vacances
Avant l'indifférence.
La comédie finit
Là.
Ils restent ensemble et l'on n'applaudit
Pas.
Comme au cinéma, les acteurs
Rentrent chez eux même quand ils meurent,
Les fleurs du mur et nos amours
Tiennent malgré les déchirures.
Et quand tu fais ta valise,
Tu y mets mes chemises,
Nous n'arriverons jamais
A nous quitter sur un quai.
Hôtel des Voyageurs,
Où nos adieux,
Même les plus tristes,
Ressemblent à des saluts d'artistes,
A des saluts d'artistes.
Hôtel des Voyageurs,
Chambre cent treize,
Vue sur jardin,
Et tous les soirs, monsieur Machin
Qui joue sa Polonaise...
Jean-Loup Dabadie
Musique : Jacques Datin
Interprétation : Serge Reggiani
Julien Dupré (1851/1910) - Faneuse au soleil
Huile - 20 X 16 cms
Où est donc ma peine ?
Je n'ai plus de peine.
Ce n'est qu'un murmure au bord du soleil.
Paul Fort
Photographie : Michel Bury - Feuille d'érable
Comme s'en vont les nuages,
Sur le gris bleu de la mer,
Notre amour est à l'orage
Et mon coeur est à l'envers.
Tout ce que la vie nous donne,
Aujourd'hui, je l'ai perdu
Par ce rendez-vous d'automne
Où tu n'es jamais venu.
Je la dois à ton oubli
Cette larme sur ma joue,
Ce n'est rien qu'un peu de pluie,
Le vent effacera tout.
Quel chemin pourrais-je prendre
Pour me détacher de toi ?
Qui n'a pas su me comprendre,
Quand tu étais près de moi.
Mais pendant que tourbillonne
Le moindre de mes regrets,
Toutes les feuilles frissonnent
Et s'envolent à jamais.
Je la dois à ton oubli
Cette larme sur ma joue,
Ce n'est rien qu'un peu de pluie,
Le vent effacera tout.
Mais plus le temps nous sépare,
Plus il me laisse à penser
Qu'il reste de notre histoire
A peine de quoi pleurer...
Jean-Max Rivière
Musique : Gérard Bourgeois
Interprétation : Françoise Hardy