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Date de création : 24.01.2011
Dernière mise à jour : 21.05.2013
545articles


BERTHE MORISOT - LA CHASSE AUX PAPILLONS

Publié le 31/03/2013 à 19:08 par escapadeautomnale
BERTHE MORISOT - LA CHASSE AUX PAPILLONS

 

 

Berthe Morisot   -   La chasse aux papillons, 1874

 

 

Huile sur toile  -  46 X 56 cms

 

 

Musée d'Orsay, Paris

 

 

 

 

EDOUARD MANET - MAISON A RUEIL

Publié le 31/03/2013 à 12:33 par escapadeautomnale
EDOUARD MANET - MAISON A RUEIL

 

 

Edouard Manet  -  Maison à Rueil, 1882

 

 

Huile sur toile  -  78 X 92 cms

 

 

Alte Nationalgalerie, Berlin

 

 

 

 

 

EUGENE BOUDIN - CAMARET, LA JETEE

Publié le 30/03/2013 à 10:51 par escapadeautomnale
EUGENE BOUDIN - CAMARET, LA JETEE

 

 

Eugène Boudin - Camaret, la jetée - 1873

 

 

Huile sur toile - Collection privée

 

 

 

 

 

KATIA ET CHARLES AZNAVOUR - JE VOYAGE

Publié le 29/03/2013 à 10:57 par escapadeautomnale
KATIA ET CHARLES AZNAVOUR - JE VOYAGE

Paul Mayeur - Forêt de Beloeil, chemin des Ecacheries

Aquarelle 35 X 45 cms

http://www.fotocommunity.fr/photographe/paul-mayeur/photos/1593572?time=1343982647&lastId=28631415

 

 

 

 

JE   VOYAGE

 

 

 

Dis, que fais-tu là, mon soleil, sur ce banc,

Le regard perdu sous tes cheveux d'argent ?

 

 

 

 

Je regarde fuir mes ultimes printemps

Emportés par mille chevaux blancs.

 

 

 

Je voyage, je voyage, vers les lieux bénis de ma vie,

De voyage en voyage, à travers erreurs et acquis,

Sans bagage, par images, par le rêve et par la pensée,

De voyage en voyage, sur les vagues de mon passé.

 

 

 

 

Ce voyage dans les limites de vos regrets, de vos remords,

Est-ce un refuge, est-ce une fuite, ou bien une aventure encore ?

 

 

 

 

Sur l'eau calme de mon âge, où l'orage ne tonne plus,

De mirage en mirage, vers mes plages de temps perdu,

Je voyage.

 

 

 

Et toi, jeune fille aux sources de ta vie,

Fugueuse à seize ans, que viens-tu faire ici ?

 

 

 

 

Je vais au devant du comprendre et savoir,

Voir la vie de l'envers des miroirs.

 

 

 

Je voyage, je voyage, et je cours pour aller de l'avant,

De voyage en voyage, sac au dos, cheveux dans le vent,

Parfois folle, parfois sage, refusant les idées reçues,

De voyage en voyage, dans l'espoir de trouver un but.

 

 

 

 

Tu es l'enfant d'entre les guerres, d'un monde cru,

Au désarroi d'hommes et de femmes de misère,

Sous le joug du chacun pour soi.

 

 

 

 

De rivage en rivage, pour des grèves à découvrir,

De mirage en mirage, vers les rives de l'avenir.

 

 

 

 

Je voyage, je voyage, un peu plus de jours et de nuits,

De voyage en voyage, à travers rêves et insomnies,

Par temps clair, ou d'orage, d'un pied léger ou d'un pas lourd,

De mirage en mirage, par la mémoire et par amour,

Je voyage.

 

 

 

 

 

Charles Aznavour

 

 

 

 

Musique : Jean-Pierre Bourtayre

 

Interprétation : Katia et Charles Aznavour

 

DEPARTS

Publié le 28/03/2013 à 10:52 par escapadeautomnale
DEPARTS

Claude Monet - La gare de Paris Saint-Lazare, 1877

Huile sur toile - Paris, Musée d'Orsay

 

 

 

DEPARTS

 

 

 

Le grondement des trains qu'on entend à Paris

Dans l'aube sale où point une faible lumière,

Retentit au travers des petits brouillards gris.

Il pleut : un voyageur a baissé la portière

Pour contempler le ciel qui blêmit au lointain.

D'autres ont déplié les journaux du matin

Et, par delà le toit d'une garde-barrière,

Surgissent tout à coup des haies et des jardins.

 

 

 

Ô départs ! Tout au long de mornes perspectives

On peut voir, par éclairs, s'aligner et briller

Les feux des becs de gaz sur les trottoirs mouillés

Tandis que le sifflet de la locomotive

Jette son cri strident au sein de noirs quartiers

Où se déplacent à tâtons, ombres furtives,

Les premiers citadins encor mal réveillés.

 

 

 

Cependant sous la pluie où le jour vient de naître,

Paris reprend son rythme et son frémissement.

Des femmes en cheveux s'agitent aux fenêtres :

Fourmilière géante où le bruit règne en maître,

Tout s'ordonne en un vaste et sourd ébranlement

Où les trains, au moment même de disparaître,

Ne sont plus sur un fond de cours et de maisons,

Qu'un mince ruban noir qui fuit, à l'horizon.

 

 

 

 

Francis Carco

 

 

 

LA BARQUE

Publié le 27/03/2013 à 11:57 par escapadeautomnale
LA BARQUE

Photographie : Sophie Alige

Barque sous les saules à Giverny

 http://www.fond-ecran-image.com/galerie-membre/membre-164612.html

 

 

 

LA BARQUE

 

 

Une barque mollement se balançait

Sur l'eau d'un étang calme,

Calme.

Dans la barque mollement,

Nos corps reposaient tendrement,

Mais calmes,

Oh ! Trop calmes.

 

 

 

L'été, sur nous, s'abrutissait,

A peine un petit vent léger,

De temps à autre, nous faisait du charme.

Et l'eau que tes doigts effleuraient,

Pour te plaire, souvent t'offrait

Un bouquet de nénuphars en larmes.

 

 

 

On était bien, on était sages,

On était trop près du rivage,

Dommage !

Mais partir au loin, prendre le large,

Je n'en avais pas le courage.

 

 

 

Ces quelques planches qui flottaient,

Ces bouts de bois qui nous portaient,

A nos yeux, devenaient comme une île.

On était bien, on se taisait,

L'un près de l'autre, on s'endormait

Guidés par ce rêve tranquille.

 

 

 

Pourquoi le vent s'est réveillé ?

Pourquoi l'étang a chaviré ?

Pourquoi le ciel nous a fait grise mine ?

Partis comme on était partis,

On en aurait eu pour la vie

A rêver tous les deux en sourdine.

 

 

 

Tant pis, tant pis, quelle importance !

Puisqu'un autre été recommence.

Par chance,

La barque est là qui se déhanche,

Et c'est pour nous deux qu'elle se penche.

Oh ! qu'elle se penche...

 

 

 

Une barque mollement se balance

Sur l'eau d'un étang calme,

Oh ! Oh ! Oh ! Calme.

Dans la barque mollement,

Nos corps reposent tendrement,

Mais calmes,

Moins calmes...

 

 

 

 

Georges Chelon

 

 

 

Musique et interprétation : Georges Chelon

WLADYSLAW SLEWINSKI - DEUX BRETONNES

Publié le 26/03/2013 à 10:39 par escapadeautomnale
WLADYSLAW  SLEWINSKI  -  DEUX BRETONNES

 

 

WLADYSLAW   SLEWINSKI

 

Deux bretonnes au panier de pommes, 1896

 

 

Huile sur toile - 82 X 116 cms

 

Varsovie, Musée National

 

 

 

LE CAMIONNEUR

Publié le 24/03/2013 à 11:53 par escapadeautomnale
LE CAMIONNEUR

 

 

 

LE CAMIONNEUR

 

 

Au feu rouge, un camionneur est arrêté par une jolie blonde. Cette dernière frappe à sa vitre et lui dit :

 

-       Bonjour, je veux vous prévenir que, depuis tout à l’heure, je suis derrière vous en voiture et vous perdez toute votre cargaison.

 

Le camionneur l’ignore et repart de plus belle.

 

 Au deuxième feu rouge, la blonde, de nouveau, s’approche de lui :

 

-       Excusez-moi mais, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, vous perdez votre cargaison depuis au moins une heure.

 

 Le routier, excédé, descend de son camion et dit à la jeune fille :

 

-       Ecoutez, comme vous  l’avez remarqué, il neige. Et je conduis cette saleuse… Alors, je vous en supplie, laissez-moi travailler tranquillement !

 

 

Source : Télé Loisirs

 

 

AU VENT DES TROUBLE-FETES

Publié le 23/03/2013 à 10:51 par escapadeautomnale
AU VENT DES TROUBLE-FETES

 

 

 

AU VENT DES TROUBLE-FETES

 

 

 

 

Celle qui m'a mis au monde a déposé les armes,

Effacé l'arc-en-ciel,

La route du soleil.

C'est son anniversaire, et je verse des larmes,

En ce jour de blizzard

Marqué de pierre noire.

 

 

 

Ma petite maman, je ne puis me remettre,

Reste désemparé,

Meurtri, abasourdi.

Puisque tu es partie par la grande fenêtre,

Je confie cette lettre

Au vent des trouble-fêtes.

 

 

 

Je confie cette lettre

Au vent des trouble-fêtes.

 

 

 

 

 

Toi qui n'acceptais pas de me voir un peu triste,

Tu enlevais, sans bruit,

Les épines de vie.

Toi qui déambulais tel un équilibriste,

Tu créais sur un fil

Des palettes d'artistes.

 

 

 

Ma petite maman, je ne suis qu'un enfant

Marchant clopin-clopant

Sur un chemin miné.

Dans les fossés d'orties, je titube souvent,

Mes rêves engloutis

Fleurent la nostalgie.

 

 

 

Mes rêves engloutis

Fleurent la nostalgie.

 

 

 

 

 

Sans ta douce présence, ton sourire adorable,

J'ai posé mon ancrage

Dans des sables friables.

Sans ta voix, ta chaleur, je me sens vulnérable

Comme l'oiseau blessé

Au pétrole des plages.

 

 

 

Ma petite maman, tout va cahin-caha,

Je voudrais tant, tu sais,

Me blottir dans tes bras.

Je te parle, supplie, te conte mes tracas,

Mais tu ne m'entends pas

Puisque tu n'es plus là.

 

 

 

Mais tu ne m'entends pas

Puisque tu n'es plus là.

 

 

 

 

 

Ma petite maman, pour ton anniversaire,

Je confie cette lettre

Au vent des trouble-fêtes.

 

 

 

Je confie cette lettre

Au vent des trouble-fêtes.

 

 

 

 

Automnale

 

 

 

 

Composition musicale et interprétation :

REMIA

 

NUITS DE PARIS - RUE PIGALLE

Publié le 21/03/2013 à 11:58 par escapadeautomnale
NUITS DE PARIS - RUE PIGALLE

Jacques Ruiz - Place Pigalle

Peinture sur toile - 41 X 33 cms

 http://ruizjacques.rmc.fr/

 

 

 

 NUITS DE PARIS

 

  RUE PIGALLE

 

 

Je ne gravis jamais,  la nuit,  la rue Pigalle sans évoquer le souvenir de ma petite enfance où je me vois,  rentrant par des rues noires et me retournant,   à  chaque pas,   vers  des  manèges très éclairés qui  – à mesure que je m’en éloignais – devenaient plus brillants. C’était comme un adieu. Sous le ciel bas d’hiver, entre les arbres aux branchettes nues, un flamboiement rose et verdâtre jetait d’obliques reflets, très nets, dans des vapeurs et des fumées mouvantes et ces reflets, dernier plaisir, me déchiraient le coeur.

 

Il me fallait alors, tristement, monter, les escaliers humides de notre humide maison, déposer à la porte mon gros chagrin, m’y résigner, n’y plus songer, sécher même quelquefois des larmes et, dans mon petit lit, me consoler comme je pouvais.

 

Cœur d’enfant, cœur d’enfant, que tu me fais de la peine !

 

a soupiré Bataille, qui accueillit tous les déchirements. Une peine affreuse. Oui. Et qui durait. Qui dure toujours, qui me fait mal, même à présent, si je m’y laisse aller. C’est qu’en province où les bocaux des pharmacies répandent, dans les rues, leurs lumières enchantées, la foire avec ses mille quinquets qui virent, ses bruits et ses musiques, offre un spectacle étourdissant. Je n’en étais jamais rassasié. Malgré la pluie, s’il n’y avait qu’une seule boutique groupant, sous ses bâches gonflées d’eau, une vingtaine de curieux, j’accourais, je grossissais le nombre de ces badauds, j’en ressentais des délices étonnantes. Comment mieux exprimer le sentiment étrange qui m’étreignait et me laissait béant devant tant de merveilles ? J’ai beau chercher. J’ai beau choisir des mots, et m’appliquer à leur communiquer le trouble qui s’emparait alors de moi, je n’y parviens jamais. Et puis « des mots après des mots… Triste jeu ! »

 

    Aujourd’hui encore, rue Pigalle, s’il m’arrive de rentrer tard, je me retourne à chaque pas, vers les lumières. Je regarde les clients des grands bars qui peuvent aller et venir librement, et pareil à l’enfant que je fus, j’ai comme une pénible impression à me dire que, de tous ces gens-là, je me dois coucher le premier. Est-ce pour eux seuls que Paris, chaque nuit, allume ses rampes aux feux laiteux, ses hautes réclames aux lettres bleues et roses, ses serpents électriques et distribue sur la chaussée, parmi les faux sourires des femmes, comme des tapis de soie ? De tous côtés, s’échappent des tambours, des airs de jazz errent par les rues, les traversent et remontant comme de blêmes façades, y font trembler et rayonner sur un rythme de shimmy les enseignes lumineuses.

 

Moment charmant ! Une griserie légère vous porte et vous inspire, vous guide sans hâte vers cette secrète et tendre fée du rêve qui, prisonnière des préjugés bourgeois, n’apparaît aux vivants que s’ils en prennent la peine, longtemps après qu’ils l’ont cherchée. C’est elle qui, par éclairs, vous jette ce coup d’œil fixe et vide d’une distraite inconnue. Elle, qui s’arrête et suit un autre passant que vous. Elle, qui méritait mieux ou pis. Est-ce que l’on sait ? Ne lui demandez point de vous répondre. Son charme cesserait aussitôt et vous l’entendriez, d’une voix rauque et brisée, vous dire en ricanant :

 

« Tu viens, chéri ? » 

 

*

 

Ah ! qu’il est décevant, même ailleurs qu’en ces abris tièdes qui foisonnent dans Paris, de connaître les dessous du plaisir ! Rue Pigalle, il s’en faut garder. Leur apparence suffit. Elle seule. Ses fards. Ses parfums. Sa nuance. Son accent passager. Ici, sous le plafond crayeux d’un bar aux globes blancs, des nègres vous font penser aux débits louches des ports. Là, dans l’étroit boyau d’une impasse très célèbre, c’est une maison aux volets clos. Plus haut, vers le bassin et son timide jet d’eau, vers la place encombrée d’autobus, des cosaques de Tiflis aux redingotes d’un bleu si tendre qu’il a le ton, la mince et fragile épaisseur du pastel, vous montrent leurs longs poignards. Les vitres voilées des devantures, les bouquets de lumière, les bistrots à la buée molle sur les glaces, les entrées aux velours profonds composent un tel décor que les vieux pauvres aux musettes flasques, les marchands de journaux, les enfants lasses qui vendent des fleurs, s’en repaissent et, demandant l’heure aux agents, attendent qu’elle ne soit plus celle qu’ils s’étaient fixée.

 

A l’aube, quand les ampoules aux feux multicolores pâlissent, partout dans les débits règne un grand brouhaha. Des femmes peu prétentieuses vous racontent leurs ennuis. Elles sont comme de petites filles abandonnées qui, mêlant aux bruits de la fête la fatigue du métier, vous avouent qu’elles voudraient dormir. Certaines rêvent à leur homme qui, quelque part, dans une prison, compte les jours, loin d’elles. D’autres, mal embouchées, se disputent avec les copines. Aucune n’affiche plus le prix qu’elle croit valoir. Au contraire. Elles ont cet abandon si rare qui permet de les approcher et qui, par de soudains aspects, vous les révèle véritablement ce qu’elles sont.

 

 

*

 

    L’une de ces « demoiselles » m’ayant permis, l’autre nuit, de lui offrir un verre, me déclarait :

 

« Donner mon argent à un type ? Passe la main. Y a rien d’fait. Il n’est pas encore né celui qui m’le prendra.

 

-       Et pourquoi ?

 

-       Parce que j’ai une gosse et que j’travaille pour elle. J’suis danseuse. Et alors… Oh ! mais non, que j’te dis… J’suis pas bonne, moi, pour les lâcher. Parole ! Y en aurait qui voudraient essayer, j’les y engagerais pas. Ils me trouveraient. »

 

Elle venait d’achever ce beau discours lorsqu’un affreux et funèbre gringalet dont la casquette, par élégance, était plate comme une crête, s’avança et, s’adressant à ma compagne :

 

« Madame, affirma-t-il, vous n’êtes qu’une dégueulasse.

 

-       C’est possible ! répondit la fille.

 

-       C’est certain, dit le jeune homme. »

 

Or, comme je lui touchais le coude et demandais : « Qu’est-ce que tu bois ? », il daigna s’asseoir et, d’une voix brève, commanda :

 

« Un café arrosé. »

 

Devant ce gentleman, la danseuse me parut perdre un peu de son aplomb. Elle baissait les yeux. Mais lui, m’ayant considéré, s’informa :

 

« Vous êtes avec madame ?

 

-           Comme tu vois. »

 

Il haussa les épaules.

 

« Ben, t’sais, fit-il ensuite, question boulot, t’es mal tombé. Il y a pas plus tocard qu’elle… et contrariante… et sans idée…

 

-           Quoi ? Quoi ? »

 

C’était « madame » qui, n’admettant pas qu’on parlât de la sorte à sa table, s’indignait.

 

« Attends », dit simplement notre aimable compagnon.

 

Il pressa le garçon de le servir, se fit verser à part le rhum qui devait arroser son café, puis, saisissant son verre, en jeta le contenu bouillant au visage de la malheureuse et ajouta :

 

« Maintenant, salut bien, madame. J’vous connais plus. Allez ! Disparaissez ! Quant à vos sous, tel que j’vous cause, moi, que j’suis pas beau, gardez-les. Ni monsieur (il me faisait l’honneur de me traiter en égal), ni soi-même, on n’est pas d’ceuss qui mangent de ce pain-là. Comprenez-vous ?

 

-           Oh ! Alfred !

 

-           Y a pas d’Alfred !

 

-           Si ! Si ! protesta la danseuse qui se levant d’un bond et, tout en s’essuyant la figure, s’approcha de l’affreux gringalet. Ecoute-moi !

 

-           J’écoute rien.

 

-           Voyons, fit-elle. T’as pas ta tête à toi, Alfred ? Qu’est-ce qui t’a pris ? Te v’là bien avancé, à présent… Va falloir que j’te paye un nouveau café.

 

-           Mais non, madame. »

 

 

Cependant, il faiblissait. Il ne savait pas résister à ce nouveau café que l’humble fille, debout, près de lui, offrait de si bon cœur… et petit à petit, je le voyais se défendre plus mollement quand il se ressaisit et, très calme, proposa :

 

« Alors, fais la bibise, d’abord. Ici… »

 

Il désignait sa joue.

 

-       "Allons, répéta-t-il,  la bibise. "

 

La fille se pencha, le mordit cruellement en silence, et lui, pour ne point laisser voir qu’elle lui avait fait mal, riait jaune, tandis que, magnanime, recevant son amie dans les bras, il m’expliquait :

 

-             "C’est pas qu’j’y tienne. Seulement, une femme dressée… on ne peut rien y r’fuser. »

 

 

 Francis Carco

 

 

 


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