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BELLE-ILE-EN-MER : PORT-COTON, L'APOTHICAIRERIE

Publié le 18/12/2013 à 10:59 par escapadeautomnale
BELLE-ILE-EN-MER : PORT-COTON, L'APOTHICAIRERIE

Isabelle Chevalier - Belle-Ile-en-Mer - Les aiguilles de Port-Coton - Huile

http://isabellechevalier87.blogspot.fr/

 

 

 

BELLE-ILE-EN-MER

 

(PORT-COTON – L’APOTHICAIRERIE)

 

A treize milles de Quiberon, quatre cents milles de Vigo, dix milles de Houat, Belle-Ile est un village à part baigné d’un océan plus bleu, plus intime et plus vaste qu’ailleurs. Plus doux y est le sable, moins pressé d’en finir l’instant. Si la lumière est belle ? Interrogeons Monet, Derain, Gromaire, Matisse, Bazaine, et bien d’autres qui vinrent y jouer du pinceau, envoûtés par cette lumière de paille aussi dorée qu’à Lisbonne à la croisée de l’Atlantique et du Tage. Au sud-est, la Bretagne a du sang levantin. Pas d’oranges et pas d’oliviers, mais du jasmin, des tamaris, du mimosa, des lauriers, des figuiers, des camélias, de la vigne. Etonnant d’ailleurs, vallonnée comme elle l’est, que Belle-Ile n’ait pas son petit gris du Morbihan ou son cuisse de nymphe émue, vin de soif au demeurant délicieux. Belle-Ile embaume, jolie fille au soleil, elle dort sur la mer comme une amoureuse allongée dans un champ de violettes.

 

Au nord de l’île, la côte sauvage est défendue par des à-pics naturels de granit schisteux ; la violence des vagues a fini par y creuser des ports : Sterwenn et Stervas, anciens camps gallo-romains où les bateaux se balancent entre deux falaises blanches de mouettes. Débordant Goulphar, les aiguilles de Port-Coton doivent leur nom aux envolées d’écume. Les jours de brise, il neige de bas en haut. En file indienne au milieu des flots enneigés, les aiguilles imitent une théorie de babouchkas saisie dans la pierre, de la plus grande à la benjamine, et se dandinent sans bouger vers l’Amérique. Aux beaux jours, les plongeurs chassent le crustacé sous leurs jupons, et parfois les jupons gardent les hardis soupirants. Un peu plus loin, l’Apothicairerie. La grotte fameuse est évidemment l’œuvre de la mer. Elle est dorénavant fermée au public, s’étant comportée en fauve lunatique envers ses admirateurs. Un panneau planté sur la falaise à l’entrée du sentier muré donne la liste des victimes et déclare : DANGER. Elle n’est pas close. Les gens désobéissent. Et moi donc.

 

C’est le soir qu’il faut y descendre en catimini, à l’heure hugolienne des lions assoiffés. La grotte, long tunnel courbe ouvert aux deux extrémités, regarde ainsi vers deux horizons. Le vent tombe, il fait doux, la mer est une pâte mauve rayée d’ébène. Ne nous montrons pas. Les vagues affluent sous la voûte, elles s’ébrouent, s’étirent, elles font leur toilette du soir, se pourlèchent, miaulent, rêvassent.

 

… L’Apothicairerie ne se caractérisait pas jadis par une pharmacie clandestine où l’on disséquait les crapauds et les fées, mais par une bicoque rose à la façade indistinctement mauresque ou californienne, évoquant assez bien le terminus d’un chemin de fer jamais tracé, imaginé pour relier la côte sauvage à la ville d’Ys. Vous connaissez la ville d’Ys ? On en reparlera. Revenons à la bicoque rose, à l’hôtel de l’Apothicairerie, une auberge au bout du monde tenu par les trois sœurs Maillard.

 

Ruine lugubre, effritée, délabrée, chapeautée d’un toit branlant, au centre d’une cour pelée qui n’a jamais eu la prétention d’accueillir des massifs de fleurs ni de disputer aux bruyères la primeur de l’ouragan, l’Apothicairerie vous serre le cœur. Son tête-à-tête avec l’océan ressemble à celui d’un corbeau décharné contemplant les neiges d’antan. On n’imagine pas que la maison puisse être habitée, encore moins que des estivants bourgeois ayant versé des arrhes, et renseignés à l’avance, aient le goût scabreux d’y venir passer leurs vacances. Aujourd’hui, l’hôtel a disparu, mais il n’a pas dit son secret. Ses habitués non plus. Que venaient-ils chercher en cette auberge épouvantable, au-dessus des grottes interdites et des roches percées qui s’effondrent les soirs de lune ? La vétusté. Les toiles d’araignées. Le luxe barbare de la bonne franquette. Le philtre des apothicaires. Le charisme diabolique de trois logeuses un peu brindezingues dont l’une faisait les comptes et se léchait les doigts pour tourner les pages du cahier, dont l’autre assurait l’intendance, aboyait sur le personnel, et dont la doyenne, une poupée grise hors d’âge immergée dans un fauteuil médicalisé entre la caisse et l’armoire aux balais, triturait un large billet de banque périmé - son doudou, son rosaire, son désespoir, son mari -, dernière attache matérielle avec le bon sens.

 

Ces trois incarnations membraneuses, ces trois larves d’Halloween qui jetaient l’effroi dans le sommeil des enfants régnaient pourtant sur la meilleure table de Belle-Ile-en-Mer. Pas un poisson qui ne fût de ligne et du jour, pas une herbe qui ne fût née sur la dune aux alentours de l’hôtel, pas un homard qui ne se prévalût d’un pedigree bellilois, par une poule qui n’eût fait ses classes au milieu des mouettes et picoré les flocons salés des aiguilles de Port-Coton.

 

On y allait à vol d’oiseau, à dos de lapin, à petite reine, à la rigueur en voiture après un long chemin de ronces et de boue carrossable. Les nouveaux pensionnaires se payaient le taxi, des familles épuisées par le voyage et les affres du mal de mer. Les maris portaient les valises, les enfants considéraient bouche bée l’hôtel des vacances, une bâtisse de film à sensations, les mères franchissaient la porte une seconde, apercevaient la Trinité des vieilles loulouttes au pied de l’escalier, et détalaient en poussant les hauts cris. On reprenait le taxi sans même avoir sorti les bagages ni vu l’océan dérouler ses horizons.

 

Seuls les vrais, les acharnés qui s’obligeaient à rester dîner, à trouver du sex-appeal aux araignées grassouillettes établies dans la salle manger sur des vitres fendues jamais nettoyées, à passer la nuit sous un plafond qui semait ses croûtes sur les dormeurs, à fréquenter le ouatère commun, rien d’autre qu’un trou rond dans une planche de salut quasiment posée sur la mer démontée, seuls ces privilégiés-là se réveillaient initiés, conquis, fanatisés. Les trois sœurs ? Trois anges. Trois océanides. Trois cordons-bleus. Trois amies. L’hôtel ? Un bijou. Entrés dans la ronde infernale, ils n’en sortaient plus jamais, n’en parlaient à personne. On aurait dit ces Bréhatins si jaloux de leur paradis méridional au nord-ouest que le visiteur non parrainé ne s’y rend plus sans numéroter ses abattis et ses billes de banque.

 

L’hôtel de l’Apothicairerie s’est écroulé, mais pas de vieillesse. Il est mort comme la chèvre de M. Seguin, vaincu par les loups. Dénoncé aux services d’hygiène, au fisc, aux organismes sociaux, il s’est vu fermer sur ordre des pouvoirs publics, et des promoteurs qui rôdaient ont fait leur offre de pacotille, à prendre ou à laisser. Fastoche, la vie. Les machines sont venues raser la baraque, et d’autres machines éparpiller les trois sœurs avec…

 

Yann Queffélec

 

Dictionnaire amoureux de la Bretagne

 

Editions Plon/Fayard

 

Commentaires (6)

leeloochatana le 23/12/2013
A l'heure où la vigilance orange (dommage celle là on ne peut pas la presser comme un fruit;))!!!!).......... s'installe quelle belle photo....... je voulais partir faire un tour pour voir mais interdiction de ma fille de 14ans et bon...... elle n'a pas tort....... j'ai déjà assisté à une tempête et en lisant ce beau texte de Yann Queffélec que tu partages avec nous je ressens des choses sur ces lieux qui sont à la fois si beau et si effrayants selon les caprices du temps........

J'espère aussi ma chère Mireille que tu fais parti de ceux qui aiment ces fêtes à venir en tout cas je te les souhaite comme ton article sur les oranges pleines de vitamines, saines et avec des rires partout........
http://leeloochatana.centerblog.net


escapadeautomnale le 23/12/2013
Heureusement que ta petite sirène est là, chère Natacha, pour t'empêcher de faire des bêtises... Oui, le vent va souffler, surtout ce soir et cette nuit, vers Etretat... Et je pense que le bateau de Belle-Ile ne prendra pas la mer... A Rennes, dans les terres donc, cela décoiffe pas mal... Heureusement que notre (la tienne et la mienne) provision d'oranges est faite ! J'espère que le très vieux sapin, juste devant une fenêtre de chambre, ne va pas me faire un sale coup de Noël...

Je profite de l'occasion pour te dire que, la semaine dernière, j'ai confectionné deux gâteaux, un aux pommes et aux amandes (un vrai délice !), et un autre au chocolat et aux amandes (Miam, miam...). Et je pense que mon goût pour la pâtisserie maison est dû à mes passages, souvent avant d'aller dormir, sur ton blog... Miam... Miam... Et encore miam...

Automnale
http://escapadeautomnale.centerblog.net


leeloochatana le 23/12/2013
ohlala!!!
Mireille je découvre ta réponse et relis mon texte!!!
à chaque fois que je relis quelque chose que j'ai écrit je vois presque que les fautes!!!!!
désolée......
des lieux qui sont à la fois si beau manque le X.........
bon oui tu es concernée par ce vent qui a décidé de monter le son de manière exagérée Mireille et il m'a privé d'une belle soirée le vilain!!!!!!!!! mais bon la sécurité est indispensable et ici de chez moi tout tremble par moment!!!!
ahglagla et justement tu vois Garance(ma Lutine) qui veut voir un film catastrophe ce soir!!!
Pour les gâteaux que tu as fait la manière que tu l'évoques en quelques mots donne envie......
D'ailleurs tu sais j'ai commencé tard à cuisiner et je trouvais cela pas très intéressant je préférais écrire ou autre...... cela est venu dans l'envie de faire plaisir à mes proches et mon rôle au **** de ma famille puis ma vie avec ma fille et mon métier qui fait que j'accueille des enfants....... et j'adore cuisiner les gâteaux.......
mais je ne suis pas une **spécialiste** d'ailleurs si tu retournes sur mon blog je connais un blog "gourmandise en folie" qui est celui d'une petite maman qui elle fait des concours et nous propose des recettes époustouflantes que je ne peux même pas faire car je n'ai pas le matériel...... ;))

tiens j'ai envie de pommes d'amande et chocolat moi!!!!

;)
bisous
http://leeloochatana.centerblog.net


escapadeautomnale le 23/12/2013
Natacha et Garance - quels jolis prénoms ! -, si vous me lisez encore, sortez votre boîte d'allumettes et vos bougies... On ne sait jamais... Personnellement, je viens de le faire... Il est préférable, cette nuit, de ne pas avoir une chambre côté ouest... La mienne, avec vue, comme chacun sait, sur un étrange bâtiment aux mille fenêtres, est à l'est... Ceci dit, je viens de tapoter sur le baromètre, il baisse encore (20h45)... Pour le cas où cela intéresserait quelqu'un : je crois bien que, ce soir, je ne vais pas descendre ma poubelle... Je pourrais bien être bloquée, en cas de panne, dans l'ascenseur ! Il ne manquerait que cela ! Ceci encore dit, cela doit, en effet, souffler dans la vieille école des filles à Etretat, genre Haut de Hurlevent...

Automnale
http://escapadeautomnale.centerblog.net


leeloochatana le 24/12/2013
rire mon rôle alors au saint de ma famille puisque dire au s e i n de ma famille est censuré!!!
Coucou Mireille.........
Bon et bien tu es prévoyante toi........ j'ai réalisé hier soir(transmission de pensées entre personnes vivant une tempête!) qu'il me restait très peu d'allumettes ces petites choses dont je ne me sers que pour allumer les bougies d'anniversaires!!!!
as-tu eu des coupures d'électricité?
ici oui une longue pendant la nuit......
et le vent souffle toujours il tient ses promesses avant d'aller souffler ailleurs.........
ensuite pour la poubelle j'ai eu la même idée que toi hier soir......;) ici pas panne d'ascenseur mais le chemin à descendre si possible éviter un potentiel arbre qui pourrait bien tomber........
bon j'ai une demoiselle de 5ans qui ne veut pas écouter la musique que je viens de découvrir sur ton blog en nouvel article....... c'est séance dessins animés pour une miss arrivée tôt et otite........
Belle île en mer.......... a du être traversée par une ambiance d'une beauté sinistre cette nuit........
Pour la référence à Emily Brontë...... comme j'ai aimé ce roman....... et comme j'aurais aimé lire d'autres livres de son écriture d'une sensibilité aiguisée et sombre........
A très vite quand je pourrai monter le son ;) et de toute façon je reviendrai pour voir si tu évoques ta nuit tempêteuse!!!

http://leeloochatana.centerblog.net


escapadeautomnale le 24/12/2013
Notre nuit tempêtueuse ! Bonjour, Natacha ! Quelle nuit ! De mémoire, je ne me souviens pas avoir entendu, à Rennes, une tempête faire autant de boucan et durer aussi longtemps... Je pense que la population de tout l'ouest et le nord de la France a dû avoir du mal à trouver le sommeil... Je n'ai pas encore lu les informations concernant les dégâts, qui ont dû être terribles... Pour la toute petite histoire, depuis deux mois environ, j'hébergeais, étrangement, deux beaux papillons dans une chambre (celle, à l'ouest, avec vue sur le vieux sapin !). Ils restaient là, voletaient parfois, venaient, le soir, se réchauffer à la lampe. Et lorsque, chaque matin, j'aérais longuement, ils n'en profitaient pas pour me fausser compagnie... Eh bien, j'en ai trouvé un, ce matin, mort (je n'ai pas de nouvelles du second !)... A mon avis, la tempête, côté ouest, lui a été fatale... Par ailleurs, comme cela devait souffler à Etretat, dans la maison des Hauts de Hurlevent ! A effrayer à tous les papillons !

Automnale
http://escapadeautomnale.centerblog.net


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